24/04/2006

Le blog http://www.voxdei.org/nicolas/

Par Al Beck
24 avril 06
Monsieur,

je suis tombé par hasard sur votre site et voilà que depuis un peu plus d'une heure, au fil des articles parcourus, je vais de déception en désillusion…

Déception, car votre page semblait bien faite et riche en informations prometteuses, mais en dehors de quelques phrases sereines, je ne ressens aucun amour, aucune paix, ni aucune sérénité dans vos propos. Bien au contraire, j’y perçois même une vision de l’autre, de ce qui n’est pas chrétien, que je trouve pour le moins xéno-phobe, islamo-phobe, voire anti-sémite… En avez-vous conscience ? Je ne cherche pas à vous accuser ni à discréditer votre travail, mais il y a manifestement dans votre vision « des réalités autres » un défaut de compréhension. Vous donner l’impression de partir du postulat que ce qui est de l’Islam ne serait que folie, erreur, perdition… et à vous lire, j’ai plutôt eu l’impression de re-lire une collection de stéréotypes et de clichés au dernier parfum à la mode, l’anti-sémitisme, dans son sens étymologique correct, qui est « hostile aux sémites ». Vous faites certes la distinction entre Islam et Musulmans, mais n’est-ce pas là une acrobatie linguistique de plus ?! Vous ne pouvez blâmer une religion, quelle qu’elle soit en la dissociant de ses adeptes. Les Protestants, hommes, femmes, enfants furent torturés et tués par l’Eglise catholique, ils furent martyrisés dans leur chair à cause de leur foi différente et pourtant chrétienne. La religion est indissociable de l’homme, elle est l’homme (et la femme !) et la relation à l’homme ! Stigmatiser une religion pour ce qu’elle est, revient à stigmatiser ses adeptes pour ce qu’ils croient.

D’où ma désillusion également, car sous le couvert d’un dialogue fictif avec les tenants de cette autre foi, vous ne faites que blâmer, montrer du doigt et condamner la seule autre foi monothéiste qui rend témoignage du Christ et de sa mission. Avez-vous lu Jean Prieur à ce propos ? Je vous recommande son « MUHAMMAD, Prophète d'Orient et d'Occident, _2003, EDITIONS DU ROCHER », orthographe la plus correcte cela dit en passant, avec un U prononcé OU, dans la mesure ou vous souleviez la question dans une note parallèle. Par ailleurs, je vous confirme que la transcription Ma-hummed qui devint Mahomet, signifie bel et bien l’inverse de Béni ou Loué, car dans la langue arabe parlée c’est le MA qui est employé en lieu et place du LA, reservé à la langue littéraire. Ce genre de lacune discrédite en général le sérieux de son auteur et malgré le fait que mon commentaire présent ne vise nullement à entacher la crédibilité de votre site, j’y ai néanmoins rencontré plusieurs lacunes graves.

Exemple ? Votre note sur Ismaël ou Isaac, objets du sacrifice…

Je vous assure que l’identité du « presque-sacrifié » n’a aucune importance pour moi, or je relève de votre argumentation une non-argumentation en fait ! Vous vous contentez de citer la Sainte Bible sans aucune explication ou ébauche de développement. Comme si là aussi vous partiez d’un postulat bien établi faisant de la Bible la preuve ultime. Or il n’en est rien et vous savez pertinemment, pour peu que vous ayez lu un certain nombre d’écrits sérieux sur la formation de la Bible, que ce texte est loin d’être fiable à 100%, car au cours de son histoire il connut, entre autres, maintes péripéties et tentatives de détournements au profit de tel clan, ou lignée, ou doctrine… sans parler des erreurs de copistes, des passages retranchés d'une édition à l'autre, présents dans telle version, absents dans l'autre... Sur la question d’Ismaël ou d’Isaac, les exégèses les plus objectives tendent à démontrer que comme dans de nombreux cas de figure, une note ou une précision en marge du texte finissait par être intégrée au texte même, entre parenthèses dans un premier temps, puis les parenthèses disparaissaient… ce qui peut expliquer la présence contradictoire du nom Isaac à cet endroit du texte... Certains exgégètes ont relevé jusqu'à 6 ou 8 auteurs différents pour certains passages de la Bible, certaines phrases mêmes...

Or que nous dit le passage concernant cette histoire ? Selon le texte même que vous citez (Louis Segond 1910) : « Dieu dit: Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac; va-t’en au pays de Morija, et là offre-le en holocauste sur l’une des montagnes que je te dirai. »

La première information donnée est ton fils, TON UNIQUE, Or Ismaël était le premier né des deux et ce durant 14 années si mes souvenirs sont exacts. Donc durant 14 ans Ismaël était l’unique fils d’Abraham. Et pas n’importe lequel, celui qu’il aimait tant ! Abraham avait 86 ans lorsque Ismaël naquit, il en fut fier, heureux, père et fils furent circoncis ensemble, sur ordre de Dieu, Ismaël alors âgé de 13 ans et Abraham de 99 ans ! Le même jour, le destin du père et du fils (encore unique) sont scellés plus fort que jamais, puisqu’ils font alliance avec L’Eternel suite à la prière exaucée d’Abraham concernant Ismaël :

Genèse 17:20
A l`égard d`Ismaël, je t`ai exaucé. Voici, je le bénirai, je le rendrai fécond, et je le multiplierai à l`infini; il engendrera douze princes, et je ferai de lui une grande nation.

Il ne s’agit donc pas juste du rejeton de la servante, mais bien d’un enfant désiré, nommé par Dieu, et objet d’un amour paternel implorant Dieu pour la bénédiction et la pérennité de sa descendance.

Est-il besoin de citer d’autres passages où Ismaël est présenté comme aimé par Abraham et sujet de toute son attention…? (Comme dans Genèse 21 :12)

Mais reprenons la citation, après ton unique, celui que tu aimes, vient l’insertion du nom de l’enfant… Isaac… entre virgule et point-virgule et en complète contradiction avec la première information donnée… Contradiction souvent expliquée par l’alliance que Dieu établit avec Isaac ! Mais cet argument n’est pas sérieux et il est sans fondement! La Bible dit effectivement que d’Isaac sortira « une postérité qui te sera propre », mais dans d’autres versions de la Bible, cette même phrase devient : « car en isaac te sera appelée une semence », ou encore : « car c'est en isaac que ta postérité sera appelée de ton nom »…

L’on peut déjà constater qu’entre ces trois mêmes citations existe des différences importantes : La première introduit la notion d’appropriation de la descendance, la deuxième est la plus objective et la plus juste à mon sens, car elle se présente comme la traduction la plus neutre possible et la plus proche des versions en langues sémitiques, où l’on peut lire : « car avec Isaac est appelé pour toi une descendance », quant à la troisième l’on y découvre le mot « nom », ajout tardif, pour « mieux expliquer » ou orienter la compréhension…

Il y a donc une incompatibilité majeure entre ces passages censés être identiques, mais qui ne le sont ni dans les mots ni dans le sens finalement...
Ce que j’essaie de dire c’est qu’Abraham est inquiet, l’idée d’abandonner son premier-né et sa femme égyptienne lui déplait, mais il est prêt à obéir au Tout Puissant. Alors Dieu le rassure, le tranquillise en lui disant : Ne t’inquiète pas Abraham, je t’ai dit qu’ « A l`égard d`Ismaël, je t`ai exaucé. Voici, je le bénirai, je le rendrai fécond, et je le multiplierai à l`infini; il engendrera douze princes, et je ferai de lui une grande nation », mais il en sera de même pour Isaac, de lui je te donnerai aussi une descendance nombreuse. Autrement dit, laisse aller Ismaël comme Sara demande, il va se débrouiller et ne sois point déçu, car en échange de la descendance qu’il aura loin de toi, je t’en donne une autre de ton fils Isaac « Certainement Sara, ta femme, t`enfantera un fils; et tu l`appelleras du nom d`Isaac. J`établirai mon alliance avec lui comme une alliance perpétuelle pour sa postérité après lui »

C’est tout… et cette explication me semble tellement plus vraie et plus sereine. Mon cœur l’accepterait sans hésitation. Ces deux frères s’aimaient et furent séparés par la jalousie d’une mère un peu trop possessive… mais au final les deux furent bénis et que nous dit Dieu dans le passage concernant Ismaël ? Qu’Il le bénira et le rendra fécond, qu’il engendrera douze princes et que Dieu en fera une grande nation. Le terme « grande » ici ne fait pas juste référence au nombre de descendants, à cela il est fait mention dans le même verset avec les mots « je le multiplierai à l’infini »… Non, « grande » ici fait référence à la grandeur, la grandeur en toute chose, en matière d’honnêteté, d’amabilité, de respect, de générosité, d’amour, d’humanisme en somme, mais aussi de croyance, de foi et de révélation !

L’Islam n’est pas ce que l’on veut bien en dire ça et là… Certes c’est une religion du désert, qui a tranché net entre l’idolâtrie et le monothéisme pur, qui malgré des moyens dérisoires au départ, a gouverné une grande partie du monde en moins d’un siècle et ce ne fut pas principalement par la violence, plus d'un historien l'a démontré. Non pas qu’il n’y en ait jamais eu, bien-sûr que si, violence et mort accompagnent tout renouveau à un moment donné… même notre seigneur Jésus, Yeshua ou Issa, n'a-t-il pas déclaré « Pensez-vous que je sois apparu pour établir la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien la division » ou encore « N'allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive »…

Alors oui, bien-sûr qu’il y a de la violence, mais comme par le passé vous ne la trouverez pas dans l’Islam, mais bien chez des islamistes d’extrême ignorance ou aveuglement que vous rechignez à distinguer des musulmans en général, allant même jusqu’à stigmatiser la religion elle-même en lieu et place des imbéciles qui la détournent. Comme si le mal était à la source… c’est en cela que je trouve votre démarche regrettable malgré une volonté de communiquer avec l’autre… Mais pourquoi Grand Dieu dépeignez-vous le côté obscur de cet autre si vous souhaitez réellement aller dans le sens de la Paix !?

Paix veut dire compréhension, aide, partage, sourire, amour du prochain...

Imaginerions-nous un Bouddhiste voulant parler objectivement du Christianisme, commencer par lire tous les ouvrages incendiaires sur l’histoire de cette religion plutôt que de lire ce que ses pères en ont dit, puis stigmatiser cette foi comme sanguinaire, esclavagiste et criminelle, car basée sur un livre sanglant, riche en tortures et massacre monstrueux… ? Les citations ne manqueraient pas… Cette démarche serait vouée à l'échec d'entrée de jeu et serait qualifié d'attaque vile et honteuse!

La Bible n’en reste pas moins un ouvrage de foi monumental, ayant en ce qui me concerne une préférence pour le Nouveau Testament, bien loin des horreurs meurtrières que l’on peut trouver dans l’Ancien et dont on ne trouvera aucun équivalent dans le Livre des Musulmans. Dois-je citer d'autres passages? Vous en trouverez dans Josué... malheureusement...

Cher ami, puisque vous semblez affectionner cette expression, je l’emploie volontiers à votre encontre, l’Islam que vous dépeignez est presque aussi éloigné de la vérité que nous ne le sommes vous et moi de la Création, du Big Bang si vous préférez… De plus, vous vous réclamez chrétien évangélique et journaliste amateur… Comment pouvez-vous concilier entre votre « mission » qui est de promouvoir la foi par le biais des conversions (indépendamment de l’appartenance à une église spécifique) et un minimum d’objectivé journalistique, même en amateur… ?! Vous lisez la Bible de façon littérale, à la lettre, car c’est l’un des critère de votre mouvement évangélique, démarche que je comprends parfaitement, mais comment faites-vous sachant que plusieurs versions existent et contiennent parfois des propos qui se contredisent sérieusement… ? L'autre problème est que vous appliquer cette même lecture littérale au Coran, négligeant le contexte la plupart du temps, passant sous silence ce qu’il contient de plus beau, notamment par rapport au Christ et à la Vierge, préférant mettre en exergue des propos sortis de leur contexte et des affirmations et des jugements stigmatisant bien éloignés de la Paix la plus élémentaire.

Je vous assure qu’il n’y a aucune colère dans mes propos, ni volonté de blesser votre foi ou celle de quiconque, mais je dois vous dire que vous êtes dans l’erreur, non seulement en matière de compréhension, d’analyse et d’interprétation du Coran, mais également dans la forme et la façon que vous avez choisi de vous exprimer sur l'Islam et les Musulmans.

Alors à mon tour de vous en conjurer… ce n’est pas de cette façon que vous aller œuvrer pour Dieu. Si vous le croyez, c’est votre liberté, mais sachez que ce chemin est loin d’être un chemin de Paix, car vos propos sont porteurs de noirceur et de violence… C’est mon ressenti quand je vous lis, ressenti suivi d’une question simple… A quoi ça sert ?
A quoi cela va-t-il vous servir ? Ou cela mène-t-il ? Trois questions d’accord… mais quelle que soit la réponse j’ai la conviction qu’elle nous entraînerait bien loin de ce que notre seigneur Jésus avait déclaré :

« (7) Bienheureux les miséricordieux, car c'est à eux que miséricorde sera faite; (8) Bienheureux ceux qui sont purs de coeur, car c'est eux qui verront Dieu; (9) Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. »


Quant au Coran, ne déclare-t-il pas : « Dis: ‹Ô gens du Livre, venez à une parole commune entre nous et vous: Que nous n'adorons que Dieu, sans rien Lui associer et sans nous prendre les uns les autres pour seigneurs en dehors de Dieu› »


N'est-ce pas cela l'essentiel, n'est-ce pas là le lien qui devrait unir les humains vivants sur cette terre et rendre témoignage du Dieu Créateur, Celui Qui Est, l'Unique, l'Indivisible...?

Bien à vous

AB