27/03/2006

Nouvel Anti-sémitisme

J'ai trouvé sur le Réseau Voltaire un article très intéressant sur les caricatures danoises... mais le plus intéressant est l'usage que fait l'auteur du terme antisémite! Lui-même israélien... Il y parle d’un nouvel antisémitisme...

Il y avait certes l’antisémitisme, visant la communauté juive, mais aujourd’hui la donne a changé, il y en a un nouveau… plus complet, plus exacerbé encore…

La signification du mot antisémite a déjà été débattu longuement, mais toujours en partant du postulat qu'ayant été utilisé initialement dans le sens anti-juif (malgré la contradiction étymologique), ce mot n’aurait jamais désigné le racisme anti-arabe ou anti-éthiopien, du moins ni dans la bouche des racistes ni dans celle des associations juives défendant les intérêts juifs.

C’est dans l’usage vernaculaire de la langue que la signification anti-juive du mot « antisémite » (ou anti-sémite) a été adoptée, en gros c’est l’usage commun que les gens font des mots selon l’époque qui fait évoluer la langue. Un exemple flagrant est l’usage faux du mot pédophile, qui a aujourd’hui pris le sens sémantique courant de « violeur d’enfant » en lieu et place de pédéraste, plus proche du point de vue étymologique, mais peu ou pas utilisé… les exemples d’évolutions au fil du temps dans le sens des mots ne manquent pas et la signification du mot antisémite (anti-sémite ou anti sémite) doit elle aussi suivre cette évolution et recouvrer son sens étymologique véritable. Et lorsque quelques excités aboieront « Vous ne pouvez pas utiliser antisémite dans ce sens ! », l’on sera avisé de répondre « et pourquoi pas ?! ». Car à l’inverse du mot pédophile dont tout le monde, ou presque, se fiche du sens originel au regard de l’horreur qu’il symbolise, les mots « sémite » et « antisémite » pour leur part font référence directe à une communauté bien réelle. Et quelles que soient les pirouettes et le nombre de langues fourchues qui se mettront à théoriser pour faire passer un chameau dans le chat d’une aiguille, une histamine reste une histamine et un antihistaminique un anti-histaminique !

 

Aujourd'hui, existe bel et bien un « nouvel antisémitisme », visant principalement les populations arabo-musulmanes et s'exprimant de la façon la plus sournoise à la plus violente. Va-t-on, à force de stigmatisations post-11 septembre, en arriver à une horreur similaire à celle qui a touché les communautés juives lors de la seconde guerre mondiale ? Il serait alors trop tard pour tirer les sonnettes d’alarme non?!

Certains vont s'opposer sans doute à cette nouvelle définition (pourtant juste et justifiée) et éprouveront toujours le besoin de déterminer plus spécifiquement de quelle communauté il s’agit… comme si l'antisémitisme était un racisme différent des autres...


L’homme est ainsi fait malheureusement, il a besoin de cataloguer, caser, trier… voire souvent le besoin de marquer la différence avec l’autre…

Alors à quoi va-t-on arriver au final ? Pour qualifier des propos ou des actes antisémites vis-à-vis des arabes ou des juifs spécifiquement, ira-t-on jusqu’à parler « d'antisémitisme anti-arabe » ou « d’antisémitisme anti-juif » ?

Cela serait certainement plus juste du point de vue étymologique et probablement que le terme antisémite cessera naturellement d’être utilisé dans la presse et les médias audio-visuels qui préféreront alors aller au plus court (comme d’habitude!) en parlant de propos ou d’actes anti-x, anti-y…

La finalité de tout ça n’étant pour moi que de mettre en lumière la problématique des racismes particuliers !


Il n’y a qu’un racisme, spécifique à l’être humain, qui peut certes s’exprimer à différents degrés, de différentes manières et avec différentes intensités, allant du regard mauvais à l’acte de destruction… mais il s’agit toujours du même racisme ! Si les hommes sont égaux, il ne peut être question de « racismes particuliers » ! Et par conséquent, des termes comme antisémite ne devraient plus avoir le droit de citer à l’aube du 21ème siècle, peu importe à qui ils s'appliquaient avant !

La mémoire des centaines de millions d’Amérindiens décimés n’use d’aucun anti-amérindianisme, pas d’anti-arménianisme brandi comme épouvantail à tout va etc.

Il faut en finir avec ce racisme qui ne cesse de gagner du terrain, car depuis des années les partisans de la division et les ségrégationnistes en tout genre divisent même en matière de racisme !

Oui je le dis haut et fort, celui qui dénonce un racisme en faisant de lui un racisme particulier ne vaut pas mieux que l’idéologie qu’il prétend combattre !

C'est pourquoi, si l'on veut rétablir une quelconque justice ou équité, l'on se doit d'assainir le dialogue au préalable. Et pour que ce dernier soit sain, il faut que les mots employés le soient aussi... droits, justes et non-détournés de leur sens étymologique, surtout lorsque ce sens est bien vivant et fait référence à une réalité bien vivante.

Nous sommes tous égaux en droit ou nous ne le sommes pas !

"Le racisme n'a qu'un visage, mais difflrentes expressions..."

AB

 

(Tiré du site : http://www.voltairenet.org/fr)

« La brigade des dessinateurs du nouvel antisémitisme »
Auteur Bradley Burston
Ecrivain israélien, Bradley Burston est journaliste et éditorialiste pour Ha’aretz.
Source Ha’aretz (Israel)_Référence « The New Anti-Semitism, cartoon division », par Bradley Burston, Ha’aretz, 06 février 2006.

Résumé: S’il y a une chose que tous les journalistes savent faire c’est offenser des gens. Les bons journalistes savent comment l’éviter et prennent soin d’éviter les remarques racistes, les attaques personnelles ou le dénigrement d’individus. Les mauvais journalistes offensent souvent sans le vouloir, en contrevenant à l’éthique professionnelle. Les pires journalistes, un groupe qui comprend parfois des sommités de la profession, blessent les gens volontairement. Et de toutes ces personnes, aucune ne peut offenser autant de personnes en une seule fois qu’un caricaturiste.
En matière de potentiel de destruction, peu d’éléments journalistiques peuvent se mesurer à une caricature haineuse. Le fait que les caricatures antisémites du Stürmer nazi circulent encore sur Internet, 70 ans après leur création témoigne de la puissance de ce médium. Ces derniers temps une nouvelle forme de caricatures antisémites ont commencé à circuler en Europe. Mais dans le cas présent, les sémites visés ne sont pas des juifs. Les dessins danois représentant le prophète Mahomet ont grosso modo tous le même message : la plupart des musulmans sont des Arabes et la plupart des Arabes sont des poseurs de bombes en puissance.
Ce message est obscène. Il est raciste. Il insulte la foi d’environ une personne sur six de cette planète. Il profane la liberté d’expression pour en faire la liberté de nourrir la haine. En conséquence, de nombreux rabbins ont exprimé leur dégoût face à ces caricatures, cela les honore. Mais quand on en est venu à débattre de questions de liberté d’expression, de nombreux commentateurs musulmans n’ont pas pu s’empêcher de retourner la pique contre les juifs. « En Occident, on découvre que les seuils de tolérance morale varient et ne s’appliquent pas de la même manière selon le groupe qui est visé » écrit le journal pan arabe Asharq al-Awsat. « Si les caricatures danoises avaient eu pour sujet un rabbin juif, elles n’auraient jamais été publiées ».
C’est vrai, au Moyen-Orient, tout le monde promeut la haine de l’autre. Nous les Israéliens le faisons chez nous tout comme nos cousins musulmans le font chez eux. Mais dans cette affaire des caricatures, il y a une leçon importante à retenir : on ne peut pas combattre un incendie avec des bombes incendiaires. On ne peut pas effacer l’insulte d’un journal en brûlant le drapeau de son pays, profanant ainsi le symbole d’un peuple tout entier. On ne restaure pas l’honneur de l’islam et de son prophète en brandissant - comme à Londres - des placards appelant à massacrer ceux qui se moquent de l’islam et en se promenant déguisé en kamikaze.
Il est juste et approprié de montrer du doigt les personnes responsables de tout ceci. Mais le fait de rendre un groupe tout entier responsable des actions d’un petit nombre porte un nom : racisme. Le fait d’être victime du racisme ne vous immunise pas contre ce virus vous-même. Pour ma part je condamne le journal Die Welt de Berlin pour avoir publié ces caricatures ignobles mais je suis d’accord avec le texte qui accompagnait les dessins. « Nous attacherions plus d’importance aux critiques musulmanes si elles n’étaient pas aussi hypocrites. Les Imams n’ont rien dit quand la télévision syrienne, à une heure de grande écoute, a présenté des rabbins comme étant des cannibales buveurs de sang ».

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