30/03/2006

J-P

"L'enfer, c'est les Autres..." (Sartre)

Commentaires

Encore faut-il replacer cette phrase dans son contexte...
Et avoir lu (et compris) Huis Clos.

Écrit par : Prune | 30/03/2006

Eh.. bien... voilà qui me laisse d'une grande perplexité...

Sache tout d'abord, chère visiteuse « prunesque », que tu es la bienvenue sur ce blog et, même si je ne vois pas bien l'intérêt de ton commentaire, je te réponds bien volontiers en commençant par les mots de mon ami Jean-Paul :

"On a cru que je voulais dire par là que nos rapports avec les autres étaient toujours empoisonnés, que c'était toujours des rapports infernaux. Or, c'est tout autre chose que je veux dire. Je veux dire que si les rapports avec autrui sont tordus, viciés, alors l'autre ne peut être que l'enfer. Pourquoi ? Parce que les autres sont, au fond, ce qu'il y a de plus important en nous-mêmes, pour notre propre connaissance de nous-mêmes. Quand nous pensons sur nous, quand nous essayons de nous connaître, au fond nous usons des connaissances que les autres ont déjà sur nous, nous nous jugeons avec les moyens que les autres ont, nous ont donné, de nous juger. Quoi que je dise sur moi, toujours le jugement d'autrui entre dedans. Quoi que je sente de moi, le jugement d'autrui entre dedans. Ce qui veut dire que, si mes rapports sont mauvais, je me mets dans la totale dépendance d'autrui et alors, en effet, je suis en enfer. Et il existe une quantité de gens dans le monde qui sont en enfer parce qu ils dépendent trop du jugement d'autrui. Mais cela ne veut nullement dire qu'on ne puisse avoir d'autres rapports avec les autres, ça marque simplement l'importance capitale de tous les autres pour chacun de nous".

C'est donc bien le rapport à l'autre qui est visité dans Huis Clos, mais aussi "la mort", en temps que symbole de stagnation, de désensibilisation ultime. L'encroûtement, pour reprendre les mots de Sartre, dû aux habitudes, aux coutumes et au fait que beaucoup de gens ont sur eux "des jugements dont ils souffrent mais qu'ils ne cherchent même pas à changer. Et que ces gens-là sont comme morts, en ce sens qu'ils ne peuvent pas briser le cadre de leurs soucis, de leurs préoccupations et de leurs coutumes et qu'ils restent ainsi victimes souvent des jugements que l'on a portés sur eux".

Tout le monde ne sera pas de cet avis bien entendu, surtout que dans sa réflexion, Sartre pousse l'explication en opposant les "morts" de sa pièce aux "vivants" que nous sommes, les uns prisonniers de ce qu'ils ne peuvent, ou ne veulent pas changer, les autres, "les vivants", jouissant de leur pleine liberté d'action.

Cependant dans les deux cas de figures, "pseudo morts" et "pseudo vivants" auraient librement choisi leur état et selon cette conclusion de Sartre : "Quel que soit le cercle d'enfer dans lequel nous vivons, je pense que nous sommes libres de le briser. Et si les gens ne le brisent pas, c'est encore librement qu'ils y restent. De sorte qu'ils se mettent librement en enfer", il subsiste une contradiction majeure.

Je m'explique. Un peu plus haut, Sartre dit : "il existe une quantité de gens dans le monde qui sont en enfer parce qu’ils dépendent trop du jugement d'autrui".

Or la dépendance est l'opposante principale à la liberté, car elle rend prisonnier de l'autre... de l'enfer... Et toute tentative d'émancipation passe par le rejet de cette dépendance. Mais qui dit dépendance, dit aussi perte d'objectivité. La dépendance, quelle qu'elle soit, est une maladie psychologique et empêche toute velléité d'émancipation et de libération.

Les exemples ne manquent pas malheureusement...

Après ça on peut toujours jouer sur les mots, dire que ce n'est que question de volonté et l’on rejoindrait alors la conclusion de Sartre déjà citée...

Cela dit, parfois, les autres c'est vraiment l'enfer!

Amicalement.

Al Beck

Écrit par : AB | 30/03/2006

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