14/01/2009

Colonisation

Source : http://www.protection-palestine.org/impression1308.html


- La longue marche des colonies juives en Palestine
- La colonisation, une histoire d’argent

1- Luis Lema / 2- Amy Teitbel

 

publié le samedi 13 août 2005.

 

1 - La politique de colonisation visait à rendre impossible toute restitution des territoires occupés. Rappel historique ; 2 - A l’heure où Israël envisage de dépenser deux mrd de dollars pour démanteler 25 colonies... un mystère demeure : combien d’argent a été investi dans le mouvement de colonisation, et par qui ?
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Colonie de Sur Baher, en Palestine, près de Jérusalem. Un Palestinien assis sur les ruines de sa maison qu’Israël vient de démolir, face au bloc des colons. (ap)

La longue marche des colonies juives en Palestine

Le rapport avait un titre prémonitoire : « Une vision pour Israël au XXIe siècle. » Le Likoud de Menahem Begin venait alors d’arracher le pouvoir aux travaillistes, cette gauche qui s’identifiait à l’Etat même d’Israël. Les travaillistes avaient le kibboutz et le mochav, avec lesquelles ils voulaient faire « fleurir le désert ». La « vision » de la droite, annoncée en 1977, avait un autre objectif : rendre impossible la restitution de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, occupées dix ans plus tôt, lors de la guerre des Six-Jours. Son arme : les « implantations » juives. Ses munitions : les colons, qui n’ont cessé d’être incités depuis lors à s’installer dans les territoires palestiniens.

Le projet paraît alors totalement irréalisable. Mais l’homme qui l’explicitera quelques mois plus tard, le ministre Ariel Sharon, a de la suite dans les idées : il consiste à installer 2 millions de Juifs en Cisjordanie (que les Israéliens appellent la Judée-Samarie) et à Gaza. Bien que déjà entamé par la gauche au cours des années précédentes, c’est là que prend forme ce projet fou. « C’est le mécanisme le plus puissant de l’occupation », affirme l’organisation israélienne ’Tselem, celle qui a le mieux étudié le processus.

Depuis la guerre des Six-Jours, les gouvernements israéliens successifs ont créé plus de 150 de ces « implantations », selon les chiffres du Ministère de l’intérieur. Reconnaissables à leurs maisons de toits rouges, ressemblant parfois à des forteresses, elles vont progressivement parsemer tout le territoire palestinien. A quoi s’ajoutent des dizaines « d’avant-postes », souvent de simples caravanes attendant de se convertir à leur tour en constructions « en dur ».

Aide aux colons

L’état-major israélien n’a jamais caché l’objectif de la colonisation. Sans elle, « il serait impossible de maintenir l’armée dans ces territoires », explique-t-elle dans des textes officiels. La planification de l’entreprise, par conséquent, ne doit rien au hasard. Au fil des décennies, elle s’est développée sur trois axes principaux : autour de Jérusalem, entre les territoires palestiniens et les pays arabes voisins, et entre les différentes villes palestiniennes, afin de former de larges « blocs » visant à casser la continuité d’un éventuel Etat palestinien.

Dès l’origine, le projet suscitera l’opposition du président américain Jimmy Carter. Mais elle n’empêchera pas l’Etat d’y allouer des centaines de millions de shekels chaque année, devenant sa première priorité. Tous les montants n’apparaissent pas dans les budgets, tant la palette de l’aide offerte aux colons est large : prix très bas de la location du terrain, aide à la construction, subsides pour les professeurs et les parents d’élèves, réduction des impôts et des taxes, aides indirectes par le biais d’associations privées, nationales ou internationales.

Où qu’ils se trouvent, les colons doivent vivre « aussi bien qu’à Tel-Aviv ». Les routes qui mènent aux colonies sont les plus larges, modernes et chères du pays. Réservées aux seuls Israéliens, elles quadrillent les villes palestiniennes, isolent les villages, rendent impossible tout développement de l’économie.

Fer de lance de l’entreprise, les motivations religieuses ne sont pas les seules à guider les nouveaux arrivants. A quelques kilomètres de Jérusalem, il est possible de se loger dans des maisons luxueuses avec piscine pour le prix d’un petit appartement dans la Ville sainte.

Comme le note B’Tselem, l’Etat hébreu peut user à sa convenance aussi bien de la législation israélienne que jordanienne (la Jordanie était l’ancien occupant), ou même des lois de... l’Empire ottoman. Ainsi, c’est une loi de 1858 qui a permis de proclamer des milliers d’hectares « terre d’Etat », d’y exproprier les Palestiniens et de commencer les constructions. Qualifiées de « bien abandonnés », classées « zones vertes » avant d’être déclassées à nouveau en faveur des colons, achetées par des privés grâce aux fonds publics, les terres n’ont cessé de tomber dans l’escarcelle de l’Etat israélien.

Jamais le mouvement ne s’est arrêté. Le lancement du « processus de paix », à la suite de la signature des Accords d’Oslo, l’a même relancé de plus belle. Entre 1993 et 2000, le nombre d’Israéliens installés en Cisjordanie et à Jérusalem-Est (la partie arabe) a doublé, pour dépasser les 400 000.

Réalité transfigurée

Cette pratique du « fait accompli », qui consiste à bouleverser les conditions du terrain lors d’une occupation militaire, est formellement interdite par le droit international humanitaire. Elle a surgi dans toute sa force lorsque le premier ministre Ehoud Barak s’est réuni avec Yasser Arafat à Camp David, pour dessiner les frontières d’Israël et de la Palestine. Il s’agissait alors pour les Palestiniens de reconnaître une « réalité sur le terrain », complètement transfigurée.

Pour certains Israéliens (qualifiés ici communément d’extrémistes de gauche), la bataille qui s’est engagée lors de la deuxième Intifada n’avait pour objectif que de défendre les colonies, qui concernent 3% de la population israélienne, hors Jérusalem. Depuis lors, ces colons ont cependant reçu un soutien de poids : George Bush a été le premier président à admettre que tout accord de paix passerait par la reconnaissance des colonies.

Luis Lema, envoyé spécial à Jérusalem - Samedi 13 août 2005 - Le Temps - http://www.letemps.ch/template/inte...

La colonisation, une histoire d’argent

Depuis le début de l’occupation par Israël de la Cisjordanie et de Gaza dans la foulée de la guerre des Six-Jours en 1967, la colonisation, au départ mission de quelques zélotes déterminés à s’installer sur des terres attribuées aux juifs par la Bible, s’est transformée en réseau de plus de 150 enclaves où vivent près de 240.000 juifs.

Aujourd’hui, à l’heure où Israël envisage de dépenser deux milliards de dollars (1,6 md d’euros) pour démanteler 25 colonies, au-delà des questions idéologiques ou politiques, un mystère demeure : combien d’argent a été investi dans le mouvement de colonisation, et par qui ?

Les estimations tournent autour de 50-60 milliards de dollars depuis 1977 (de 40 à 48 mds d’euros) et l’arrivée au pouvoir du Likoud. Car si le mouvement de colonisation a commencé sous les travaillistes, il a pris véritablement son essor à ce moment-là.

Mais fixer un chiffre exact est impossible car une grande partie de ce financement est passé par des canaux obscurs et des voies détournées, via un budget d’Etat opaque, des subventions déguisées, voire des dépenses militaires secrètes, parfois en violation du droit israélien, et souvent au mépris des efforts de paix de la communauté internationale...

Un système complexe et des méthodes fort variées pour financer la colonisation. « Il n’y a pas un oeil au monde qui ait une vision d’ensemble », estime le député travailliste Danny Yatom, confident de l’ancien Premier ministre assassiné Yitzhak Rabin. « Si la plus grande partie n’en est pas occultée, il n’est pas possible de relier les différents éléments entre eux ».

Aujourd’hui, à l’heure des destructions à Gaza, la construction de logements et routes se poursuit dans les blocs d’implantations de Cisjordanie, ces zones qu’Israël espère pouvoir conserver dans le cadre d’un accord de paix définitif. En contradiction totale avec la « feuille de route » vers la paix, qui prévoit le gel de la colonisation.

En mars, une enquête concluait à la « flagrante violation de la loi » par le gouvernement pour ce qui est de la création d’une centaine d’avant-postes illégaux, construits et agrandis sans autorisation par les nouveaux zélotes de la colonisation, la »jeunesse des collines ».

Nombre de colonies ont grandi en vertu du concept des »implantations-dortoirs », inventé par un certain Ariel Sharon : à quelque minutes des grands centres urbains israéliens, ces colonies banlieusardes furent déclarées « zones prioritaires », leurs habitants bénéficiant de facilités financières, 7% de réductions d’impôts et autres prêts préférentiels.

Toute proche de Jérusalem, Maaleh Adoumim, la plus grande des implantations, bénéficie de ce statut. Fondée en 1975 par des squatters installés sur une collines désertique de Judée, elle abrite aujourd’hui environ 30.000 personnes, juifs laïcs pour la plupart, attirés par ces logements à deux pas de Jérusalem à des prix défiant toute concurrence.

Pour encourager la colonisation, l’Etat a également financé à hauteur de 50% la connexion des nouvelles maisons au réseau électrique, l’adduction d’eau ou du tout-à-l’égoût.

Et les députés favorables à la colonisation se disputent les portefeuilles ministériels d’où l’on peut ainsi canaliser des aides vers les implantations : Construction, Logement, Infrastructures, Transports...

Autre cagnotte, le budget top-secret de la Défense. Les fonds allaient là aux soldats affectés à la garde des implantations, à la construction de barrières pour les protéger, ou de routes plus larges, afin que les colons puissent vivre en toute tranquillité au milieu de Palestiniens hostiles à leur présence.

Pendant des décennies, explique Danny Yatom, ancien commandant militaire de Cisjordanie, des implantations sont nées sous prétexte de nécessité sécuritaire, parfois sans autorisation formelle. Un responsable gouvernemental concède pour sa part, sous le couvert de l’anonymat, que l’utilisation de certains fonds militaires « n’est pas légale et n’aurait pas dû avoir lieu »...

Les dépenses budgétaires des ministères n’étant pas régionalisées, il est difficile d’identifier les flux financiers en direction des colonies. D’où une discrétion bien utile.

Autre source de revenus, les dons de la diaspora, surtout américaine. Pour permettre aux juifs américains de financer les implantations tout en bénéficiant des déductions d’impôts allant aux organisations caritatives mais pas aux mouvements politiques, on a séparé l’Organisation sioniste mondiale de l’Agence juive, alors qu’en fait elle ne font qu’une, explique David Newman, politologue de l’Université Ben Gourion.

Quant à Washington, malgré son opposition déclarée à la poursuite de la colonisation, il n’a commencé à pénaliser Israël qu’au début des années 90, au moment d’apporter sa garantie à des milliards de dollars de prêts préférentiels à Israël.

La zone la plus grise du financement du mouvement colon concerne les expropriations, confiscations et achats de terres destinées aux implantations. Pendant les 12 premières années de l’occupation, l’armée, toujours « propriétaire » des Territoires, a cédé aux colons plus de 4.000 hectares de terres confisquées pour raisons de sécurité, selon les statistiques officielles. Même après une décision de la Cour suprême qui en 1979 a formulé des critères plus exigeants pour ces confiscations, le mouvement s’est poursuivi, donnant naissance à des implantations sauvages.

Enfin, exemple extrême, dénoncé lui aussi en justice : en 2003 et 2004, des municipalités de Cisjordanie ont transféré l’équivalent de 2,2 millions d’euros de fonds publics au Conseil des colons (Yesha), qui les a utilisés pour financer la lutte contre le plan de désengagement de Gaza...

Amy Teitbel - 12 août 2005 - Edicom - JERUSALEM (AP) - http://www.edicom.ch/news/internati...

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La colonie Betar III qui encercle le petit village de Wad Fukin (1 200 habitants) en Cisjordanie (photo 66è mission civile).

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