03/06/2009

Tortures à Abu Ghuraib : leçons israéliennes pour les Etats-Unis

Auteur: siryne

Date: le 22 février 2006 à 21h38

Khalid Amayreh


publié le vendredi 17 février 2006.


La torture de prisonniers irakiens à la prison d’Abu Ghuraib par les forces US d’occupation a choqué le monde - mais pour la majorité des Palestiniens cela ne constitue pas une surprise
De fait, les dizaines de milliers de Palestiniens qui ont été emprisonnés ou ont transité par des centres de détention voient de frappantes similitudes entre le traitement infligé aux prisonniers Palestiniens par les Israéliens et celui infligé aux détenus Irakiens par les Américains. Dans certains cas, nous ont déclaré d’anciens prisonniers Palestiniens, la technique de torture ou les formes de mauvais traitements sont quasi identiques.

Hisham Abd al-Razzaq, ministre de l’Autorité Palestinienne, est en charge du dossier de suivi et d’aide des plus de 7000 prisonniers Palestiniens en Israël ; beaucoup d’entre eux sont internés sans charge ou sans procès.

Il est persuadé que ce que les Américains infligent aux Irakiens est une "copie carbone" de ce que les Israéliens ont toujours infligé aux Palestiniens. "Je suis porté à croire que les Américains reproduisent les techniques des Israéliens. Je peux prouver ceci de façon objective, mais les similitudes sont accablantes."

Abd al-Razzaq, qui a lui-même fait l’expérience de beaucoup de formes de torture au cours de son long emprisonnement dans une prison israélienne avant les accords d’Oslo en 1993, décrit les tortures physique et psychologiques comme "le mode opératoire" du traitement des prisonniers Palestiniens par les Israéliens.

Techniques de torture

Il nous déclare que la technique consistant à encapuchonner les gens - technique par laquelle la tête des détenus est recouverte par sac à l’odeur rance et ceci pendant des semaines, voir des mois - a toujours été "le point numéro un du travail" dans les centres d’interrogatoire israéliens.

L’encapuchonnage lui-même n’est pas une technique d’interrogation. Son objectif n’est pas d’arracher des confessions de la part d’un suspect, mais plutôt de le démoraliser et de casser son équilibre mental.

Abd al-Razzaq dit également que le sac sale qu’il a été obligé lui aussi de porter était fait de 3 ou 4 épaisseurs de toile de façon à être sûr que le ou la suspect(e) "respire le moins possible d’oxygène, juste suffisamment pour le ou la maintenir en vie".

En plus de cet encapuchonnage, et selon les rapports documentés fournis par des groupes internationaux s’occupant des droits humains ainsi que par les témoignages d’anciens détenus Palestiniens, les Israéliens continuent à utiliser de durs moyens de torture, à la fois pour obtenir des confessions et à la fois comme punition pour s’être opposé à l’occupation israélienne.

Ceci inclut, parmi d’autres méthodes, le passage à tabac [brutal beating - N.d.T] ou de violentes secousses, le déshabillage forcé, la privation de sommeil (en imposant une musique très forte dans les cellules de détenus), des bains glacés en hiver, des menaces ou la réalisation d’abus sexuels, ainsi que la fameuse technique shabh par laquelle un détenu est fortement attaché à une petite chaise et les mains immobilisées dans le dos, pendant des semaines.

Similitude niée

Ofer Yisler, porte-parole de l’autorité responsable des prisons israéliennes, nie avec véhémence toute "similitude entre la façon dont nous traitons les Palestiniens et ce que nous avons vu en Irak".

Prison d’Abou Ghraib - près de Bagdad"Il n’y a aucune comparaison possible, ce que le Américains ont fait en Irak est quelque chose de totalement différent".

Mais Yisler refusa de commenter les accusations selon lesquelles l’encapuchonnage, le "shabh", la privation de sommeil et la nudité forcée sont toujours utilisés par Israël.

Yisler mit fin à l’interview et refusa de répondre à d’autres questions, insistant sur le fait que les questions devaient au préalable être communiquées sous forme écrite à son bureau.

Quoi qu’il en soit, le manque d’enthousiasme de Yisler à répondre aux questions parait mettre en évidence le souci des Israéliens de rester en-dehors du tollé manifesté au niveau international à propos de ce qui s’est produit en Irak.

Mais le député arabe-israélien à la Knesset, Talab al-Sanai, déclare qu’Israël est indirectement mais lourdement impliqué dans les "mauvais traitements systématiques infligés au peuple Irakien aux mains des troupes d’occupation américaines".

Experts israéliens

"Ce n’est un secret pour personne ; il y a de nombreux experts israéliens en torture en Irak, ; ils transmettent aux Américains leur longue expérience de 37 années de torture et mauvais traitements infligés aux Palestiniens", ainsi que l’a déclaré al-Sanai à Al Jazeera.

Il nous apprend que des officiers américains ont rejoint des unités de l’armée israélienneà Jénine plusieurs mois auparavant dans le but d’apprendre les méthodes et techniques des Israéliens dans la répression des populations civiles, ces méthodes et techniques étant ensuite appliquées en Irak.

"Il fallut trente-sept ans aux Israéliens pour développer et perfectionner ces méthodes barbares de répression et d’humiliation. Non sans surprise, les Américains ont surpassé les Israéliens dans leur sauvagerie, au moins depuis deux ans".

Al-Sanai a condamné le comportement américain en Irak comme "évidemment criminel", s’opposant en cela aux déclarations de l’administration Bush pour laquelle les cas de torture seraient isolés.

"Ici en Israël, nous subissons une lourde occupation, et Israël ne fait aucune prétention à partir de cela. Mais en Irak, les Etats-Unis assassinent, humilient, torturent et enlèvent les Irakiens avec la prétention d’apporter la liberté et la démocratie ... Peut-être est-ce cela qu’ils veulent réellement signifier lorsqu’ils parlent de liberté et de démocratie ... en débarrassant les Irakiens de leur dignité."

Article publié sur le site al-Jazeera.net le 6 mai 2004
Cet article peut être consulté à : [english.aljazeera.net]...
Traduction : Claude Zurbach

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