20/07/2006

Une invasion préparée

Source: http://www.urgencepalestine.ch/Agenda/article180706.htm

 

Une Initiative 100% israélienne 


par Michel Warschawski
Jérusalem, 18 jullet 2006
     
Les bombardements quotidiens israéliens à Gaza sont la cause de la guerre C'est une guerre globale de recolonisation

Suite à une opération militaire menée de main de maître par l'organisation libanaise de résistance nationale Hezbollah, et la capture de deux prisonniers de guerre, l'armée israélienne a bombardé la capitale libanaise et de nombreux autres sites au sud du Liban. A l'heure où sont écrites ces lignes, le gouvernement israélien est en train de discuter de l'opportunité d'envahir le territoire libanais pour une opération de longue durée. Certes, les souvenirs du fiasco sanglant qu'avait signifiée l'invasion du Liban en 1982-1985 sont encore vivants dans la mémoire des généraux israéliens qui, à l'époque, n'étaient encore que des officiers subalternes, mais l'humiliation ressentie à la suite de l'opération du Hezbollah est si forte et la volonté de vengeance à ce point ancrée dans leurs têtes obtuses, que l'éventualité d'une telle invasion n'est pas à exclure.

Comme l'indiquait le Cheikh Nasrallah, dirigeant du Hezbollah, la date de l'attaque de la patrouille israélienne n'avait pas été programmée a l'avance, et c'est un concours de circonstances favorables mais imprévues qui l'a provoqué. Pourtant, il ne faisait pas de doute que le Hezbollah ne pouvait rester longtemps les mains croisées, alors que depuis des mois, l'armée israélienne massacre la population de Gaza. Le centre de gravité du conflit israélo-arabe va vraisemblablement bouger dans les semaines a venir, de Gaza vers le Liban. Mais ne nous trompons pas : il s'agit d'une seule et même campagne, dont l'initiative est 100% israélienne, dans le cadre de ce qu'ils appellent eux-mêmes, à la suite de leur maître et seigneur de la Maison Blanche , « une guerre permanente et préventive contre le terrorisme ».

Il est donc important de remettre les choses à leur place, et les événements dans leur ordre chronologique: ce n'est pas l'opération militaire menée il y a trois semaines par un commando palestinien et l'enlèvement du caporal Gilad Shalit qui ont poussé le gouvernement israélien à lancer son offensive sanguinaire contre les habitants de la Bande de Gaza; ce sont les bombardements quotidiens de l'artillerie israélienne et les dizaines de morts palestiniens, dont une majorité de civils et de nombreux enfants, qui ont pousse ces militants palestiniens à rompre la trêve déclarée par les principales organisations palestiniennes et scrupuleusement respectée par ces dernières depuis plus d'un an.

La libération du soldat Gilad Shalit est le dernier des soucis de ces mêmes autorités israéliennes, et même le plus stupide des ministres sait parfaitement que les attaques militaires mettent sa vie en danger et risquent sans doute de provoquer son assassinat par ses ravisseurs. La seule chose qui importe aux généraux israéliens et aux marionnettes qui les représentent au gouvernement, c'est de « leur apprendre » ce que cela coûte de s'attaquer à Israël. « Leur apprendre » est le concept le plus utilisé dans les déclarations officielles des dirigeants civils et militaires, dans le plus banal des langages coloniaux. Pour ce faire, tous les moyens sont bons, et aucune retenue, convention internationale ou lois de la guerre ne sont de mise.

La Suisse vient de le rappeler – l'opération en cours à Gaza est faite de crimes de guerre et de violations systématiques et généralisées de toutes les règles du droit international. D'abord, parce qu'il s'agit d'une punition collective : c'est la population de Gaza toute entière qui doit « apprendre » à bien se conduire, même si celle-ci, n'a évidemment rien à voir avec la capture d'un prisonnier de guerre israélien. Ensuite parce qu'il s'agit d'un véritable massacre, le nombre de victimes civiles « collatérales » étant disproportionné avec le nombre de victimes « ciblées ».

Aux côtés de la prise de position helvétique, le silence de l'Union européenne est éloquent, et sert de contrepoint au soutien déclaré de l'administration américaine à l'agression israélienne. Ce soutien participe de la stratégie du Clash des Civilisations prônée par une partie de l'entourage de Georges W Bush : ce n'est pas le soldat otage qui doit être sauvé, ce n'est pas non plus le commando responsable de son enlèvement qui doit être puni ; ce n'est même pas le parti Hamas ou le gouvernement qu'il dirige qui doivent être sanctionne, mais le peuple palestinien lui-même, peuple voyou appartenant à une civilisation dont le terrorisme est une des caractéristiques.

Ce matin, un ancien des renseignements israéliens expliquait longuement à la radio que le problème israélo-arabe est avant tout un problème culturel : alors que « pour eux » la vie humaine n'avait pas de valeur intrinsèque, pour nous, chaque individu compte. En conséquence, aucun terrain d'entente ne pourra jamais être trouve entre membres de deux civilisations aux valeurs antagoniques, et la guerre est donc permanente. A entendre ce personnage, qui reflète une opinion largement partagée par la classe politico-militaire israélienne, on ne comprend pas à quoi sert de vouloir « leur apprendre » quoi que ce soit : culturellement, les Arabes, et plus généralement la civilisations musulmane est hermétiquement fermée au respect de la vie humaine, et les innombrables victimes des bombardements à Gaza ou au Liban ne changeront pas leur orientation.

Tant que les parrains américains d'Israël seront dans la stratégie du choc des civilisations et de la guerre globale et permanente, il ne faut pas s'attendre à un tournant de la politique israélienne, et la « guerre » - qu'il vaudrait mieux appeler pacification permanente – contre les Palestiniens, et plus généralement contre les Arabes – va suivre son cours. Avec son lot croissant de victimes, y compris israéliennes. Ceci est à prendre en considération par le mouvement social international et plus particulièrement par le mouvement de solidarité : nous sommes tous confrontes non pas à un événement, aussi tragique et sanglant soit-il, mais à une guerre de longue durée. Cette réalité exige des stratégies à long terme et du souffle. Elle exige aussi d'agir dans une perspective globale. Face à la guerre globale de recolonisation du monde, la reconstruction d'un fort mouvement anti-guerre qui englobe la Palestine comme un de ses objectifs les plus emblématiques n'est plus un luxe qu'on peut repousser à plus tard, mais une urgence pour tous les habitants de notre planète.

 

VERS UN NOUVEAU CONSENSUS PALESTINIEN ?

Dans la mesure où on peut cerner des objectifs politiques dans le déchaînement de violence mise en œuvre dans la Bande de Gaza, la mise en échec de l'accord Hamas-Fatah est l'un d'entre eux. Pendant plusieurs mois, le Premier Ministre palestinien Ismail Haniyeh du Hamas et Mahmud Abas, Président de l'Autorité Palestinienne et dirigeant du Fatah ont œuvré à la rédaction d'un document programmatique commun, basé sur ce que l'on appelle « le document des prisonniers ». Ce document, rédigé par les dirigeants des deux grandes formations politiques palestiniennes détenus dans les prisons israéliennes, définit le cadre d'un nouveau consensus politique palestinien basé sur la lutte pour un état palestinien, libre et indépendant, dans les territoires occupes en juin 1967, ce qui implicitement signifie la reconnaissance de l'Etat d'Israël dans ses frontières du 4 juin 1967.

Pour les autorités de Tel Aviv, un tel document ne devait en aucun cas voir le jour, car il enlevait le prétexte de la non-reconnaissance du gouvernement palestinien et de la guerre permanente contre ceux qui ont osé élire une majorité Hamas au parlement palestinien. L'attaque spectaculaire contre Gaza a mis fin aux négociations entre Abas et Haniyeh, alors que les journaux annonçaient un accord… pour le lendemain. Cette même attaque pourrait cependant permettre un autre consensus inter palestinien : celui d'une résistance unie contre la guerre israélienne, sans illusion sur une éventuelle volonté de négocier de la part de Tel Aviv, soi-disant en échange de nouveaux compromis palestiniens.

C'est en tout cas vers un tel nouveau consensus inter palestinien qu'œuvrent les organisations de la gauche palestinienne qui, depuis un certain temps déjà, servent d'intermédiaire entre le gouvernement et la présidence, et surtout entre les partis dont ils sont issus.

 

RESISTANCE

Quand on compare les événements de ces dernières semaines –les attaques sauvages contre Gaza, d'abord, puis contre le Liban, à des événements similaires des décennies précédentes – la répression brutale de la première Intifada (1988-1990) et l'invasion du Liban (1982), on remarque immédiatement trois différences majeures : l'absence totale de retenue de la part des forces armées israéliennes comparée ; l'absence de pressions internationales, voire de l'éventualité d'une telle pression, et l'absence d'un mouvement de masse en Israël qui remette en question la brutalité des opérations militaires.

Ces trois éléments sont en fait liés les uns aux autres : la « retenue » (certes, toute relative) des forces armées israéliennes résultait de l'existence de règles internationales avec lesquelles Israël se devait de ne pas trop se démarquer, à cause du double risque de pressions internationales et d'opposition internes. Quant au mouvement anti-guerre de masse il était, entre autre, le résultat d'une pression internationale ou, du moins, du sentiment d'être en rupture avec les règles de la guerre et les intérêts de la diplomatie internationale.

Avec la disparition de l'Union Soviétique et l'émergence des Etats Unis comme puissance internationale unique, nous sommes entrés dans une phase de dérégulation du droit international et des modes de comportement des Etats, telles que définis à la suite de la victoire sur le fascisme (Conventions de Genève, Chartre des Nations Unies, résolutions diverses de l'ONU). A la place se sont imposés la loi de la jungle et le droit du plus fort, l'unilatéralisme, et, sous prétexte de guerre permanente et préventive contre le terrorisme, le terrorisme d'état sans entrave.

Ces nouvelles valeurs ont été très rapidement intériorisées par l'immense majorité de la société israélienne qui se sent aux premières lignes de la guerre de civilisation contre le terrorisme, lui-même identifiée au monde musulman. C'est ce qui explique pourquoi le mouvement pacifiste de masse a disparu.

La Paix Maintenant , qui avait su mobiliser des centaines de milliers d'Israéliennes et d'Israéliens contre la répression dans les territoires occupes et contre la guerre au Liban, n'existe plus. Depuis 2000, pas une seule manifestation de masse, si ce n'est pour soutenir les « initiatives de paix »… d'Ariel Sharon, et aujourd'hui, alors que Gaza est massacrée et le Liban martyrise, pas une voix ne s'élève dans la gauche sioniste, pour dénoncer ces crimes et exiger d'y mettre fin immédiatement.

Seules les diverses organisations du mouvement anti-colonialiste protestent, avec détermination et courage, et font entendre, à contre-courant la voix du droit et du respect de la vie. La Coalition des Femmes pour une Paix Juste, les diverses organisations de réservistes et d'appelés qui refusent de servir l'occupation, les Anarchistes contre le Mur, le mouvement Ta'ayush, le Centre d'Information Alternative, les Rabbins pour les Droits d l'Homme ont, ces dernières semaines, redoublé leurs efforts et leur mobilisation : rassemblements, manifestations, fermeture de rues centrales à Tel Aviv, campagne de graffitis etc.

Aussi honorable soit-elle, cette mobilisation des forces dites radicales n'est en rien comparable à celles de 1982 ou de 1988, non pas par leur nombre (elles sont en fait plus grandes que celles des décennies précédentes) mais parce que leur efficacité provenait précisément de la capacité d'être un catalyseur pour les forces plus modérées et beaucoup plus massives du mouvement pacifiste israélien. Aujourd'hui, malheureusement, pour utiliser une image du journaliste militant Uri Avneri, la grande roue que représentait la Paix Maintenant n'existe pas et notre petite roue, qui avait pour fonction de faire bouger la plus grande, tourne à vide.

S'il faut saluer le courage et la détermination des quelques milliers de militantes et de militants qui dénoncent aujourd'hui l'agression israélienne, on ne peut pas ne pas reconnaître que, du point de vue du front interne, le gouvernement Olmert-Peretz-Peres a les mains libres pour poursuivre ses méfaits.

 

Michel Warschawski
Jérusalem, 18 jullet 2006

19/07/2006

Israël a le droit de se défendre...

Israël a le droit de se défendre :

Profession de foi du grand frère américain, reprise par des gouvernements "alliés" soumis...



Eh bien voilà le résultat...


J'ai longtemps hésité à mettre cette photo... et puis finalement je me suis décidé à adopter la logique du photographe qui, face au dilemme de représenter l'horreur ou non, choisit simplement de porter témoignage de l'abomination commise...

Sans cette image qui saura ce qui est arrivé à cet enfant...? Quelqu'un s'en souciera-t-il pour autant...?! Sans parler des centaines tombés sous les balles et les bombes israéliennes!

Le fait est que la guerre est sale, que cette guerre en particulier l'est et pour plusieurs raisons:

1. Parce qu'i ne s'agit nullement d'une guerre conventionnelle! Car sous prétexte de deux soldats enlevés, cette armée d'occupation, parmi les plus puissantes au monde, bombarde un pays souverain, hors de cause, mettant hors fonction son infrastructure vitale (aéroport, centrale électrique, caserne...) et tuant ses habitants civiles par centaines.

2. Parce que l'oeuvre d'une communauté qui normalement est censée savoir mieux que quiconque ce que c'est que d'avoir été une victime haïe, une victime qui est devenue bourreau à son tour depuis longtemps déjà! Une victime du passé qui ne se lasse plus aujourd'hui de détruire et de tuer à la moindre occasion, comme si elle était sous l'emprise d'une frénésie meurtrière qu'elle ne peut réfréner, un exutoire psychotique l'affranchissant des valeurs humaines les plus élémentaires! Israël a le droit de se défendre disiez-vous M. Bush? Tout comme vous-même en Irak sans doute, omettant le mensonge forgé pour vous donner les justifications à peine faussées!

Cette "guerre" est l'illustration parfaite d'un pays à la politique raciste, anti-sémite en l'occurrence, un pays qui pratique les arrestations arbitraires, qui emprisonne pour des opinions contraire à ses dogmes impériaux, un pays où l'on se définit par sa religion ou son « ethnie » et non par sa nationalité. Car Israël est un état juif, dont les "citoyens" sont Juifs, Arabes ou Druzes... pas israéliens, comme cela devrait être le cas dans une démocratie!

Depuis sa création, cet état n’a cessé de mentir à ses citoyens, ses voisins et au monde. Ses gouvernements successifs ont commis manipulations, assassinats et atrocités sans réserve et en toute impunité. Car même devant le risque d’une condamnation aux Nations Unies, la protection du grand frère américain n’a jamais cessé d’agir, bloquant, grâce au droit de veto, l’application de la moindre résolution du Conseil de Sécurité.

Résultat, voilà bientôt soixante ans, depuis sa création, que l’état d’Israël agit en toute impunité, n’en faisant qu’à sa tête, au mépris des valeurs humaines les plus élémentaires, traitant ses voisins arabes direct ainsi que le reste du monde avec mépris et condescendance et n’hésitant pas à brandir divers moyens allant de la pression politique aux attentats ciblés, en passant par des menaces à peine voilées aux récalcitrants trop curieux…

Celui qui ose critiquer est « anti-sémite », forcément… ou alors un goy, imparfait par défaut (!) et ne méritant pas mieux que le sort talmudique qui lui est réservé…

Alors jusqu’où iront-ils ? Quel avenir présager pour la région ?

A ce stade, une réflexion simple me vient à l’esprit… D’ordinaire, la nature de l’homme ne le pousse-t-elle pas à rechercher l’entente avec autrui ? La nature de l’homme bon par excellence tel que la religion juive le définit… Qui plus est si cet autrui est son voisin direct… ? Alors quel avenir envisage Israël avec ses voisins arabes ?! Quel avenir autre si ce n’est celui d’une domination absolue assurée, d’une part, par la destruction de toutes les infrastructures permettant à l’économie d’un pays d’avancer (incluant son potentiel militaire), d’autre part en s’assurant la protection et l’impunité auprès d’un autre état puissant commettant les mêmes exactions ailleurs, heureux hasard dans un pays appartenant au même « pool-cible »… !

L’heure du boycott a sonné depuis longtemps il me semble… il est plus que temps pour qu’il soit appliqué efficacement ! Le boycott a réussi à faire plié l’apartheid en Afrique du Sud au vingtième siècle, il réussira à faire plié l’apartheid israélien au vint et unième… !

Une liste de boycott sera bientôt proposée.

AB

Naplouse : « It is our life »

Source: http://www.voltairenet.org/article142061.html 

18 juillet 2006 

par Silvia Cattori*

Pendant que le monde assiste à la destruction du Liban par Israël, l’occupation de la Palestine continue. Pendant que les caméras sont tournées vers Beyrouth, tout est mis en œuvre pour étouffer les Palestiniens et les contraindre à fuir. Sylvia Cattori s’est rendue sur place et décrit la terreur à laquelle sont soumis les habitants de Naplouse.

 

Chaque nuit, la ville de Naplouse est secouée par des bruits de guerre, des bruits qui empêchent le sommeil. On se réveille en sursaut, on ne se sait plus si on a dormi, pas dormi, ou si on est dans un cauchemar éveillé. Il y a des tirs, des explosions qui résonnent à proximité, vont plus loin, reviennent en écho. On ne sait pas ce qui se passe et où cela se passe. On se sent d’abord très inquiet, puis on ne pense plus. On se résigne et on attend le jour. Les gens vous disent que c’est comme ça chaque jour de l’année, ici dans le district de Naplouse, que ce n’est rien de nouveau depuis 2000, que cela fait partie de la panoplie de la guerre de terreur menée par Israël, qui s’ajoute aux innombrables autres mesures repressives.

Les soldats pénètrent régulièrement, la nuit, à l’intérieur des petites ruelles silencieuses de Naplouse ou des villages. Ils enfoncent les portes, lancent des grenades. Cherchent, maison par maison, des hommes qu’ils qualifient de « wanted  », de « suspects ». Ils forcent les familles à sortir, fouillent, cassent tout et, s’ils ne trouvent rien, ils exigent des mères qu’elles appellent par hauts parleurs leur fils à se rendre. Si le « suspect » ne se rend pas, ils arrêtent parfois le père, des frères, ou font sauter la maison. Ils s’en vont avant le jour.

Des tirs ont retentit apres minuit. Mais les plus grands combats ont commence à 4 heures du matin quand une explosion très forte a secoué la cité. Puis des tirs intenses. Le bruit des tirs a été par deux fois couvert par la voix du muezzin. Voix qui allait au loin, revenait en écho, retenait notre souffle.

Ce qui s’est passé lors de la rafle de cette nuit n’est pas usuel. Les troupes israéliennes sont entrées sans faire de bruit, par surprise. Généralement, les soldats ne trouvent pas de combattants en face d’eux, car les hommes recherchés se terrent. Ils se savent assiégés et, avec leurs pauvres fusils, à chaque coup perdants. Mais, ce matin, les hommes aux aguets ont résisté. Les combats ont duré plusieurs heures. Il y a eu, du côté de l’armée israélienne, un soldat tué et six autres blessés, dont plusieurs dans un état grave.

Quatre jeunes palestiniens ont ete capturés et embarqués par les soldats. Ils subissent depuis les interrogatoires du Shen Bet. Les renseignements qu’ils réussiront a leur extorquer serviront a procéder aux prochaines rafles et actions punitives.

On s’attend à ce que l’armée revienne d’un moment à l’autre et à ce que la répression soit d’autant plus dure que le soldat tué est le fils du commandant en charge de cette région.

Les gens sont à bout. Israël les a humiliés, affamés, privés de tout droit. Ils vivent ici emprisonnés. Quand les gens se présentent aux check-points - qui sont des zones militaires où les soldats s’ingénient à faire régner la terreur - ils se font humilier, arrêter, passer à tabac. Les jeunes - entre 14 et 30 ans - ne passent pas. Ils doivent emprunter, à leurs risques et périls, des sentiers de montagne. Une étudiante de l’université de Najah a été arrêtée au check-point il y a une année et demie et demeure détenue depuis, pour avoir giflé le soldat qui la fouillait au corps.

Après six années de privations et de massacres, on sent les gens d’autant plus révoltés et à cran qu’ils subissent maintenant, outre les persécutions d’Israël, l’étranglement de l’Europe. Une Europe scandaleuse qui punit et affame un peuple entier, pour avoir voté en faveur du Hamas.

Cela n’a fait que de renforcer leur esprit de résistance. Se rebeller est la seule chose qui leur reste pour sauvegarder leur dignité bafouée. Pour cela, on les sent déterminés, prêts à tenir tête au monde entier, jusqu’au moment où celui-ci finira par se sentir rempli de honte pour avoir commis un pareil crime et comprendra que, de la part des Palestiniens, revendiquer le respect de leurs droits violés, est chose légitime.

Reste que ce qui s’est passé cette nuit ne sera pas sans graves conséquences pour eux. L’armée israélienne va revenir pour les punir encore plus lourdement. Mais eux vaquent à leurs occupations, font comme si de rien n’était. Ils vous regardent avec la tranquillité de ceux qui savent qu’ils ont l’humanité de leur côté. C’est leur force. « It is our life », lâchent-ils calmement quand vous vous inquiétez pour eux.

Silvia Cattori
Journaliste suisse.