19/07/2006

Du phantasme à la réalité…



« Dans une vallée embrasée, s’étendait un champ de blé, moitié vert, moitié doré… Sur la ligne séparant les deux moitiés, reposait un plat argenté, couvert de pièces anciennes, aux couleurs ambrées… Sur le tout, un symbole de vie trônait… un œuf géant prêt à se révéler. Puis à l’instant magique, un soubresaut, une fissure, l’éveil se manifestait… La naissance est une libération, un acte de destruction… La coquille devait se briser, pour laisser émerger le sacré… Mais de cette vallée, un sombre passé a ressuscité, un scorpion noir, aux pinces démesurées, prêt à fondre sur le monde… »

Un nouveau-né c’est… émouvant, touchant, attendrissant…
Comme tout nouveau-né, il porte en lui l’espoir d’un avenir meilleur, l’espoir d’une vie meilleure, plus juste, plus humaine, riche en promesses, en défis, en découvertes et en accomplissements…

Et pourtant… par quel  curieux « destin » le petit Mohandas est-il devenu une grande âme ? Alors que le petit Ady est devenu lui un dictateur sans égal… sans égal ou presque… Car le petit Ari pour sa part ne s’est pas mal débrouillé non plus… Premier ministre du dernier état pratiquant encore l’apartheid au vingt-et-unième siècle… rien que ça !

Ce dernier a d’ailleurs laissé derrière lui un héritage sanguinaire, il a contribué à disséminer les germes d’une maladie dégénérative maligne dont le processus d’expansion, entamé depuis bientôt soixante ans, détruit de proche en proche les tissus encore sains ou non, peu importe, l’important étant de proliférer au maximum pour rendre vaine toute extraction ou tentative de traitement ! Car une fois les dégâts faits et suffisamment avancés, un seul constat s’impose, il n’y a plus à rien à faire…

Robert Fisk, journaliste anglais, grand reporter pour le journal britannique The Independent et spécialiste du Moyen-Orient, détaille cette expansion maladive dont aucun gouvernement occidental, dit démocratique, ne semble s’alarmer à ce jour, hormis pour ce qui est de ses propres ressortissants !

Sur ce point, la volonté d’agir et l’action qui suit sont sans équivoques… On agit, on fait ce qu’il faut pour les nôtres !

Mais a-t-on seulement entendu un gouvernement déclarer son indignation face au scandaleux comportement des dirigeants israéliens, voire menacer les « responsables » de cet état de sanctions immédiates, si l’un ou l’autre des ressortissants étrangers devait périr suites au déluge de bombes israéliennes !
Bien sûr que non ! Car une telle prise de position ne pourrait être décemment tenue pour les seuls ressortissants étrangers et mettrait immédiatement en porte-à-faux tout gouvernement qui s’exprimerait ouvertement sur la sécurité des ses propres ressortissant tout en délaissant le sort abominable des victimes libanaises… De plus, le grand frère ricain l’a dit : « Israël a le droit de se défendre ».

Alors on préfère évacuer les siens… en silence… pendant que les autres continuent de tuer impunément… J’ai honte !

Et pendant ce temps, à Gaza et ailleurs d’autres victimes, palestiniennes cette fois, viennent alourdir l’adition macabre…
 
AB 


Liban : De chez moi, j’ai vu ce que recouvrent les termes « Guerre antiterroriste », par Robert Fisk - The Independent.


The Independent, 15 juillet 2006.
Toute la nuit, j’ai entendu les avions de combat qui passaient en murmurant au dessus de la Méditerranée, en altitude. Cela a duré des heures, des jets semblables à de minuscules lucioles qui observaient Beyrouth, ils attendaient peut-être l’aube, toujours est-il que c’est à ce moment qu’ils sont descendus.
Ils se sont d’abord dirigés vers le petit village de Dweir au sud Liban, près de Nabatiya ; là, un avion israélien a bombardé la maison d’un imam chiite. Il a été tué. Sa femme aussi. Huit de ses enfants également. L’un d’entre eux a été décapité. D’un de ses bébés, on n’a retrouvé que la tête et le torse, qu’un jeune du village, hors de lui, a brandi devant les caméras. Puis les avions ont rendu visite à d’autres habitants de Dweir et les ont éliminés, une famille de sept personnes.
Le deuxième jour de la dernière « guerre antiterroriste » d’Israël commençait de manière dynamique. Ce conflit a recours au même langage - ainsi qu’à quelques-uns des mensonges - employés dans le cadre de la « guerre antiterroriste » à plus grande échelle de George Bush. Oui, tout comme nous avons « détérioré » l’Irak en 1991, et à nouveau en 2003 - hier c’était au tour du Liban de se faire « détériorer ».
Cela ne signifie pas seulement des pertes en vies humaines, mais également la mort économique, c’est ce qui est arrivé au bel aéroport international flambant neuf de Beyrouth, qui a coûté 300 millions de livres (quasiment 450 millions d’euros n.d.l.t.), peu avant six heures du matin alors que les passagers s’apprêtaient à embarquer à destination de Londres et de Paris.
Depuis chez moi, j’ai entendu le F-16 qui a surgi tout à coup au dessus de la piste d’atterrissage la plus récente et l’a arrosé de roquettes, déchiquetant 20 mètres de tarmac et faisant voler des tonnes de béton dans une énorme explosion avant qu’un navire lance-missile de classe Hetz ne s’attaque aux autres pistes.
Deux des nouveaux Airbus de Middle East Airlines furent épargnés mais en l’espace de quelques minutes l’aéroport était vide, les voyageurs s’étant enfuis, regagnant leurs domiciles ou leurs hôtels.
Il suffisait de regarder les panneaux d’affichage pour comprendre : pas de vol pour Paris, pas de vol pour Londres, pas de vol pour le Caire, pas de vol pour Dubai, pas de vol pour Bagdad - les passagers qui auraient pris celui-ci seraient tombés de Charybde en Scylla -. Les hauts-parleurs de l’aéroport diffusaient « Don’t Cry For Me, Argentina ».
Ensuite, les Israéliens s’attaquèrent à la station de télévision du Hezbollah, al-Manar, l’amputant de son antenne avec un missile, mais sans réussir à l’empêcher d’émettre. Cette cible est un peu plus compréhensible ; après tout « Manar » diffuse la propagande du Hezbollah. Mais le but était-il réellement de retrouver ou de délivrer les deux soldats israéliens capturés mercredi ? Ou de se venger des neuf Israéliens qui ont trouvé la mort pendant cet incident, au cours de l’une des journées les plus sombres du passé récent de l’armée israélienne, quoique pas aussi sombre que celle des 36 civils libanais morts au cours des 24 heures précédentes.
Une Israélienne aussi a été tuée, par une roquette que le Hezbollah a tiré vers Israël. Par conséquent, selon le macabre taux de change de ces abominables affrontements, une mort israélienne vaut un peu plus de trois Libanais ; il y a fort à parier que le taux deviendra plus meurtrier.
Déjà, l’après-midi, les menaces s’étaient intensifiées. Israël ne « resterait pas les bras croisés ». Toute la population des banlieues sud, où est situé le QG du Hezbollah, reçut l’ordre d’évacuer le quartier avant quinze heures.
À l’exception d’une centaine de familles, les habitants refusèrent catégoriquement de partir. Les Israéliens annoncèrent que dorénavant, n’importe quel endroit du Liban pouvait être pris pour cible. Le Hezbollah furieux, riposta : si Israël bombardait les banlieues, il enverrait ses missiles longue portée Katyusha sur la base aérienne israélienne de Miron ; cette information fut, sur le moment, tenue secrète par la censure israélienne.
Les touristes du Golfe en voyage au Liban, effrayés, quittèrent Bhamboun [1] en masse à bord de leurs 4x4, s’enfuyant vers la sécurité de la Syrie, pour prendre à Damas les avions qui la ramèneraient chez eux. Une autre petite mort économique pour le Liban.
Mais que signifiaient donc ces discours et ces menaces ? Je passai le début de l’après-midi chez moi, à compulser mes dossiers de déclarations officielles israéliennes. J’y découvris qu’au cours des 26 dernières années, Israël a annoncé au moins à six reprises « ne pas avoir l’intention de rester les bras croisés » au Liban (avec de légères variantes), l’occasion la plus célèbre étant la déclaration de feu le Premier ministre israélien Menahem Begin qui avait promis de « ne pas rester les bras croisés » alors que les Chrétiens étaient menacés en 1980 - tout cela pour retirer ses troupes et abandonner les Chrétiens à leur funeste destin au bout de trois ans.
Les Libanais sont toujours abandonnés à leur sort. Le Premier ministre israélien, Ehud Olmert, affirme qu’il tient le gouvernement libanais pour responsable des attaques et des empiétements frontaliers de mercredi.
Pourtant, M. Olmert sait ce qui est de notoriété publique : le gouvernement faible et divisé du Premier ministre libanais Fouad Siniora est incapable de contrôler un seul milicien et encore moins le Hezbollah.
Mais n’est-ce pas à ce même groupe d’hommes politiques que les États-Unis avaient adressé leurs félicitations l’année dernière, louant le caractère démocratique de leurs élections et leur indépendance par rapport à la Syrie ? Effectivement, un homme qui considère - ou peut-être serait-il plus exact de dire « qui considérait » - Bush comme un ami est Saad Hariri, fils de l’ancien Premier ministre libanais Rafik Hariri, à qui le Liban doit une grande partie des infrastructures qu’Israël est occupé à détruire et dont l’assassinat l’année dernière (par des agents syriens ?) est censé avoir profondément choqué Bush.
Hier matin, le fils Hariri, Saad, s’apprêtait à atterrir à Beyrouth lorsque les Israéliens, les alliés de l’Amérique, arrivèrent pour bombarder l’aéroport. Il fut obligé de faire demi-tour, son pilote allant chercher refuge à Chypre.
Cependant, hier, les allusions verbales au terrorisme étaient plus effrayantes que tout le reste.
Le Liban était décrit comme un « axe du terrorisme », Israël disait « combattre le terrorisme sur tous les fronts ». En cours de matinée, j’ai dû couper court à une interview diffusée sur une station de radio australienne au cours de laquelle un journaliste israélien affirmait, de manière tout à fait erronée, que des Gardes Révolutionnaires iraniens se trouvaient sur place au Liban et que toutes les troupes syriennes ne s’étaient pas retirées.
Quelle raison les Israéliens ont-ils invoquée pour justifier l’attaque de l’aéroport de Beyrouth, sécurisé et surveillé à l’extrême, fréquenté par les diplomates et les dirigeants européens, une installation aussi sûre que n’importe quel aéroport d’Europe ? Il aurait, d’après eux, « servi de plaque tournante au transfert d’armes et d’équipements destinés à l’organisation terroriste du Hezbollah ».
Et voilà, encore et toujours le terrorisme, et l’on va décrire le Liban, une fois de plus, comme le centre mythique du terrorisme au Moyen-Orient ainsi que, je suppose, Gaza. Et la Cisjordanie. Et la Syrie. Et, bien sûr, l’Irak. Et l’Iran. Et l’Afghanistan. Et, demain, quel autre pays ?
Robert Fisk


Source : Common Dreams www.commondreams.org

Traduction : C.F.Karaguézian www.egueule.com pour Le Grand Soir.

Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.


[1] Bhamboun, petit village situé dans les montagnes sur les hauteurs de Beyrouth, est une destination touristique populaire.

01/06/2006

TSAHAL et les homicides illégaux des Palestiniens

 

http://www.dieudo.net/2007/breve.php3?id_breve=83 

AFP vendredi 26 mai 2006

 

FRS0309 40427 /AFP-KM93 LONDRES, 22 mai 2006 (AFP) La majorité des militaires et des colons israéliens impliqués dans des "homicides illégaux" contre des Palestiniens "continuent de bénéficier de l’impunité", dénonce mardi Amnesty international ". La plupart des soldats et des colons responsables d’homicides illégaux et d’autres attaques contre les Palestiniens et leurs biens ont continué de bénéficier de l’impunité", affirme l’organisation de défense des droits de l’homme basée à Londres dans son rapport annuel "Les enquêtes et les poursuites (judiciaires) ont été rares. Celles-ci, dans la plupart des cas, ne débouchaient pas sur une condamnation", poursuit Amnesty "Dans les cas exceptionnels où des Israéliens étaient déclarés coupables d’homicides ou d’autres violations des droits fondamentaux des Palestiniens, ils se voyaient infliger une peine légère", a-t-on souligné.

Le rapport épingle également les exactions "régulières" perpétrées contre les Palestiniens par les colons en Cisjordanie "Les colons israéliens ont régulièrement attaqué des Palestiniens et leurs biens en Cisjordanie Ils ont détruit des récoltes, arraché ou brûlé des oliviers, contaminé des réservoirs d’eau et empêché des agriculteurs de cultiver leurs terres afin de les contraindre à partir", relève Amnesty Si militaires et policiers interviennent parfois pour empêcher ces exactions c’est souvent lorsque des militants pacifistes israéliens ou étrangers sont présents sur les lieux, note le rapport.

Dans la plupart des cas, cependant, "ils laissaient faire ; ils ont même souvent répondu aux attaques en imposant de nouvelles restrictions à la population locale palestinienne, comme les colons le réclamaient", souligne le rapport "En revanche, Israël utilisait tous les moyens à sa disposition - notamment les assassinats et les sanctions collectives, entre autres mesures constituant des violations du droit international - contre les Palestiniens responsables d’attaques contre des Israéliens ou soupçonnés de participation directe ou indirecte dans de tels actes", affirme le rapport. Concernant les cas de Palestiniens jugés par des tribunaux militaires, Amnesty affirme que "bien souvent les procès ne respectaient pas les normes d’équité internationalement reconnues" alors que "les allégations de torture infligés à des prisonniers palestiniens ne faisaient pas l’objet d’enquêtes sérieuses"

co-jp/pa/cls eaf AFP 231200 MAI 06

 

03/05/2006

JJ Joris

Interview de Jean-Jacques Joris
ancien représentant de la Suisse auprès de l'Autorité Palestinienne

Interview parue dans Der Bund, samedi 8 avril 2006

« Il ne s’agit pas de sympathie. Je veux savoir à quelles concessions Israël est prêt – après tout, les Palestiniens sont prêts à se contenter à ne bâtir un État que sur 22% de la terre de leurs ancêtres. Si Israël ne veut rendre que la Bande de Gaza et la partie de la Cisjordanie qu’il ne revendique pas, il n’y aura pas de paix. »

Jean-Jacques Joris

Pendant trois ans, Jean-Jacques Joris a été le représentant de la Suisse auprès des Palestiniens. Selon le diplomate, sur qui on a également tiré, la Bande de Gaza est proche de l’explosion. L’Occident doit dialoguer avec le Hamas, dit-il et il reproche à Israël de s’accommoder à « vivre dans un état de guerre avec son voisin pour des décennies. »



«Bund»: Vous quittez le service diplomatique après trois années passées dans les territoires palestiniens. Est-ce que votre décision est liée directement aux expériences vécues à Ramallah ?

Jean-Jacques Joris: Non, j’ai terminé la mission à Ramallah et je quitte le service diplomatique, parce que j’ai vu ce que je voulais voir.

Vous avez vu ce que vous vouliez voir. Est-ce que cela signifie qu’un poste d’Ambassadeur n’a jamais été votre objectif?


Non. Pendant trois ans, j’ai été Ambassadeur de facto. Le titre ne compte pas pour moi et je trouve infiniment plus intéressant d’être représentant à Ramallah, que d’être Ambassadeur à Buenos Aires ou à Paris. Un représentant à Ramallah a beaucoup plus de marge de manœuvre et de libertés.

Vous seriez restés à Ramallah si vous aviez pu?

Non. C’est un poste si intensif qu’après trois ans, on est fatigué et on a de la peine à formuler de nouvelles idées.

Est-ce que vivre à Ramallah est dangereux?

Disons que c’est inhabituel. Je crois que la vie de mes collègues en Afrique du Sud, au Kenia ou au Nigeria est plus dangereuse, à cause de l’immense criminalité qui s’y déploie. À Ramallah, il s’agit d’une autre sorte de danger. On est constamment entouré d’hommes armés, partout il y a des postes de contrôle.

Et on vous a tiré dessus.

Une fois, deux tirs.

Est-ce que l’on sait pourquoi à présent?

Non. Les Israéliens ont prétendu qu’ils avaient mené une enquête. Ils ont assuré, qu’il s’agissait de tirs involontaires dans une zone de combat – ce qui est faux. Ils ont également dit que la voiture était entourée d’hommes armés qui me menaçaient. C’est également faux. Les Israéliens ont déclaré que les responsables ont été punis, ce qui selon toute vraisemblance est aussi faux.

Serait-il possible, qu’un soldat israélien ait simplement perdu les nerfs?

Je n’y crois pas, parce que j’étais depuis 45 minutes au même endroit et que les soldats savaient que j’étais un diplomate.

Est-ce que vous avez pu trouver une explication pour ces tirs?

Juste une hypothèse que je veux garder pour moi. Je remarque cependant, qu’à chaque fois que la situation dans la Bande de Gaza empire, les diplomates ont de très grandes difficultés à s’y rendre. Il y a une semaine, une délégation de diplomates européens voulait aller dans la Bande de Gaza pour se faire une idée précise de la situation humanitaire très préoccupante. Les diplomates ont été retenus pendant trois heures au poste frontière de Erez, avant de pouvoir quitter Israël.

Est-ce que l’on peut dire que les Israéliens ne font pas confiance aux diplomates accrédités à Ramallah?

Normalement pas, en ce qui concerne les personnes. Seulement, lorsqu’il y a une situation spéciale à Gaza.

Et maintenant, il y a une telle situation?

Oui, le manque de ravitaillement de la Bande de Gaza est dramatique. Les Israéliens réduisent le nombre de marchandises qui y arrivent. Ils ont augmenté la pression, pour – selon certains observateurs – affaiblir la position du Hamas. La situation est explosive.

Alors les Israéliens ne veulent, pas que les diplomates voient cela....

Oui.

Que fait un diplomate suisse à Ramallah?


D’abord, il assure les relations avec les autorités palestiniennes. Pour cela, on a besoin d’un réseau de contacts. En plus, il faut informer régulièrement la centrale sur la situation sur le terrain. Ce n’est pas simple, car le conflit au Proche-Orient est très médiatisé. On doit donc essayer de trouver des sources différentes que celles utilisées par les médias.

Vous aviez des contacts avec le Hamas?

Oui, quelques-uns. Quand ils ont gagné les élections, j’ai été le premier diplomate occidental à prendre contact avec les représentants politiques. Mais il y avait déjà des contacts avant. La Suisse n’a pas mis le Hamas sur une liste de terroristes. Quand il semblait sûr qu’ils pourraient gagner les élections, il n’était que logique pour une diplomate qui voulait comprendre la situation, d’établir le contact avec des forces modérées du Hamas.

Quel était le contenu de ces contacts?

L’objectif était de savoir, ce qu’au fond veut le Hamas, un mouvement qui parle avec de nombreuses voix différentes. Deuxièmement, on a voulu transmettre le message du droit international, entre autres, l’importance primordiale de la nécessité de différencier entre les civils et les militaires. Il ne faut pas oublier que de nombreux dirigeants du Hamas ont vécu pendant des années dans la clandestinité et qu’ils n’avaient que des contacts avec d’autres islamistes. Les gens du Hamas veulent et doivent entrer en contact avec le monde extérieur.

Les États occidentaux persistent à réclamer que le Hamas reconnaisse Israël. Comment réagit le Hamas à cette position?

Leur position est la suivante : il est étrange que le monde nous demande de reconnaître Israël – Israël qui est reconnu par le monde entier, mais qui lui-même n’a jamais reconnu le droit des Palestiniens à un propre État. Comment voulez-vous, demandent les Palestiniens, que nous reconnaissions Israël, qui n’a même pas fixé ses propres frontières et va peut-être les définir de telle sorte qu’il nous sera impossible de bâtir un État?

Cela signifie que le Hamas ne reconnaîtra pas Israël?


Pour la plupart des dirigeants modérés du Hamas, la reconnaissance marquerait la fin d’un processus, au cours duquel ils auront été reconnus également et auront obtenu un État avec Jérusalem-Est en tant que capitale. Il est illusoire de penser, qu’il y aura la paix sans Jérusalem. Jérusalem-Est est absolument nécessaire à l’existence d’un État palestinien, pour des raisons sociales, économiques, culturelles, religieuses et symboliques.

Mais les Israéliens disent : Jérusalem ne sera plus jamais partagée.

Alors la question se pose, de savoir ce que l’on veut : est-ce que l’on veut seulement une fin des hostilités pour quelques années ou est-ce que l’on veut une paix durable, qui permette à Israël – et à l’Occident – de normaliser ses relations avec le monde islamique ? Ou est-ce qu’on veut seulement ce que de nombreux Israéliens estiment être la paix, le statut quo sans résistance palestinienne?

Si on considère cette position et la position des Israéliens, c’est très évident : le conflit du Proche-Orient est à des kilomètres d’être réglé.

Il semble, oui. Je crois, que le gouvernement israélien est prêt à un partage de Jérusalem, mais un partage insuffisant, comme si par exemple, en partageant Berne, on ne cédait que Bümpliz et Bethlehem. Ce qui compte, c’est le centre, la vieille ville. À mon avis, Israël vise à vivre encore pendant des décennies dans une situation de guerre avec ses voisins. La communauté internationale pourrait jouer un rôle.

Mais sans les Etats-Unis, rien n’est possible..

Je n’en suis pas si sûr. Israël est dépendant des Etats-Unis, mais Israël n’est pas un monolithe, beaucoup d’Israéliens sont fatigués de la guerre et ne veulent plus payer le prix de l’absence de paix. Ils se demandent, si Jérusalem-Est vaut vraiment qu’on paie le prix d’un état de guerre permanent.

D’après vos propos, on peut conclure que vous conseillez aux États occidentaux d’initier des relations avec le Hamas.

La Suisse a une très bonne position. Nous estimons que le Hamas va perpétuer l’Autorité palestinienne dans le même style. Cela signifie, qu’il va renoncer à la violence contre Israël et respecter les accords d’Oslo, ainsi que les droits humains. Naturellement, on ne saurait conseiller d’entretenir des contacts avec un gouvernement palestinien qui soutiendrait le terrorisme.

La question est : doit-on également réclamer la reconnaissance d’Israël?

On ne doit pas demander que le Hamas déclare des principes qu’il ne peut pas soutenir dans la situation actuelle, que ce soit la reconnaissance d’Israël ou le renoncement à la lutte armée. On n’a jamais demandé au Fatah de renoncer à la lutte armée. La position du Fatah était la suivante : l’option de la négociation a la prioritié, mais l’option de la lutte armée n’est pas abandonnée.

Il semble pourtant qu’Israël ne veut plus de négociations, mais qu’il veut fixer ses frontières unilatéralement.

Israël est un pays de sept millions d’habitants. Ce conflit péjore les relations internationales depuis des décennies. Il faut se demander, si l’on veut se laisser dicter l’agenda international par un si petit État. Si Israël fixe ses frontières de manière unilatérale, ce sera un acte illégal.

Encore une fois : si les États-Unis disent, cela n’est pas possible, alors ce n’est pas possible.

Si les Européens agissent, cela ne sera pas sans effets. Des sanctions, aussi insignifiantes soient-elles, provoqueraient des réactions importantes.

Un problème pour les Européens est l’anarchie dans les territoires palestiniens. Les salaires sont obtenus à la force du fusil.

Il y a de l’anarchie jusqu’à un certain degré. Mais dans ces territoires règne une situation intenable : les casernes, l’infrastructure des organes de sécurité ont été détruites par Israël en Cisjordanie. À chaque fois que les autorités palestiniennes ont tenté de reprendre le contrôle, les Israéliens leurs ont refusé le soutien. Je ne dis pas cela pour excuser les Palestiniens…

... mais c’est ainsi qu’on le perçoit. Est-ce que les Israéliens sont également coupables de la quasi-anarchie dans les territoires palestiniens?

La Cisjordanie est d’une taille environ comparable au canton de Berne. À part à peu près six mois entre mai et novembre passé, il y avait là près de 600 check-points qui ont touché le trafic de personnes et de marchandises. L’accès à la Bande de Gaza est également très difficile. Bien sûr, Arafat porte une part de responsabilité, tout était concentré sur lui en tant que Président.

En tant que donateur, un autre problème interne préoccupe l’Occident : la corruption qui semble immesurable.

Il y a de la corruption, mais les territoires palestiniens sont presque le seul endroit dans le monde arabe, où il y a des enquêtes sur la corruption. Le problème principal est le paiement de salaires pour 150 000 personnes qui sont engagées par l’Autorité palestinienne. Pas toutes ces 150 000 personnes ne fournissent les prestations que l’on pourrait attendre pour leur salaire. Mais peut-on parler de corruption dans un système sans sécurité sociale et où il y a un taux de chômage de 50 % ? Les salaires apportent le minimum vital de milliers de foyers.

Quand on vous écoute parler de ce conflit, il est évident que vous êtes du côté des Palestiniens.

Non. Je dis juste ce que disent de nombreuses organisations israéliennes, des journalistes et des écrivains.

Mais d’après vous, Israël doit faire plus de concessions que les Palestiniens. À présent, vous allez aux Etats-Unis pour étudier la psychologie. Pourquoi?


Ce n’est pas une coupure. Après mon temps en Palestine, j’ai envie de me concentrer sur le niveau de l’individu. J’ai toujours été intéressé par la psychologie et n’ai jamais voulu être marié avec le service diplomatique.

Qu’est-ce qui va vous manquer de votre séjour à Ramallah?

La chaleur humaine, le rôle de témoin. La possibilité d’informer librement le DFAE sur ce que j’ai vu était quelque chose de précieux.

Qu’est-ce qui ne va pas vous manquer?


L’arrogance et l’ignorance de certains soldats israéliens. Le deux poids-deux mesure avec lequel juge la Communauté internationale. Et la vision de la souffrance humaine quotidienne.


Jean-Jacques Joris, né en 1962, a grandi à Genève et y a étudié le Droit et les Sciences politiques. En 1992, il a rejoint le service diplomatique. Il a entre autre été Conseiller d’ambassade au Chili, membre de la Task-Force pour les biens en déshérence et conseiller diplomatique de Carla Del Ponte à La Haye. En 2003, il a été nommé à la direction du Bureau de représentation suisse auprès de l’Autorité palestinienne. Cet automne, il commencera des études de psychologie à Boulder, USA. Jean-Jacques Joris est marié et père d’un enfant. En ce moment, il habite à Nyon.



Traduction : Collectif Urgence Palestine