19/07/2006

Vanunu

Source: http://www.voltairenet.org/article129626.html#article129626

14 octobre 2005 

Entretien exclusif
Mordechaï Vanunu : « C’est parce qu’Israël détient la bombe atomique qu’il peut pratiquer sans crainte l’apartheid »
par Silvia Cattori*

Ingénieur au centre de Dimona, Mordechaï Vanunu révéla, en 1986 au Sunday Times, l’existence du programme nucléaire militaire israélien. Enlevé en Italie par le Mossad alors qu’il venait de contacter les journalistes britanniques et avant que leur article ne paraisse, il fut jugé à huis clos et emprisonné dix-huit ans. Bien qu’interdit de contact avec la presse, il a répondu aux question de Silvia Cattori pour le Réseau Voltaire.

 


Mordechaï Vanunu, avec en arrière-plan l’image satellite du centre de production de plutonium militaire de Dimona, en Israël.

Silvia Cattori : Quel était votre travail en Israël, avant que des agents du Mossad ne vous kidnappent à Rome, en octobre 1986 ?

Mordechaï Vanunu : Depuis neuf ans, je travaillais au centre de recherches en armements de Dimona, dans la région de Beer Sheva. Juste avant de quitter ce travail, en 1986, j’avais pris des photos à l’intérieur de l’usine, afin de montrer au monde qu’Israël cachait un secret nucléaire. Mon travail, à Dimona, consistait à produire des éléments radioactifs utilisables pour la fabrication de bombes atomiques. Je savais exactement quelles quantités de matières fissiles étaient produites, quels matériaux étaient utilisés et quelles sortes de bombes étaient fabriquées.

Révéler au monde – seul – que votre pays était secrètement détenteur de l’arme nucléaire…, n’était-ce pas là prendre un très grand risque ?

Mordechaï Vanunu : Si j’ai décidé de le faire, c’est parce que les autorités israéliennes mentaient. Elles se répandaient, répétant que les responsables politiques israéliens n’avaient nullement l’intention de se doter d’armes nucléaires. Mais, en réalité, ils produisaient beaucoup de substances radioactives ne pouvant servir qu’à cette seule fin : confectionner des bombes nucléaires. Des quantités importantes : j’ai calculé qu’ils avaient déjà, à l’époque – en 1986 ! – plus de deux cents bombes atomiques. Ils avaient aussi commencé à fabriquer des bombes à hydrogène, très puissantes. Aussi ai-je décidé de faire savoir au monde entier ce qu’ils tramaient dans le plus grand secret. Et puis, aussi, je voulais empêcher les Israéliens d’utiliser des bombes atomiques, afin d’éviter une guerre nucléaire au Moyen-Orient. Je voulais contribuer à apporter la paix dans cette région. Israël, détenant déjà des armes surpuissantes, pouvait faire la paix : il n’avait plus à redouter une quelconque menace palestinienne, ni même arabe, car il possédait tout l’armement nécessaire à sa survie.

Vous étiez préoccupé par la sécurité, dans l’ensemble de la région ?

Mordechaï Vanunu : Oui. Absolument. Bien entendu, ce n’est pas pour le peuple israélien que j’ai fait ce que j’ai fait. Les Israéliens avaient élu ce gouvernement, et ce gouvernement avait décidé de les doter d’armes nucléaires. Vous savez, tous les Israéliens suivent de très près la politique du gouvernement israélien… Mais, en ce qui me concerne, je réfléchissais à partir du point de vue de l’humanité, du point de vue d’un être humain, de tous les êtres humains vivant au Moyen-Orient, et aussi de tous les êtres humains, dans le monde entier. Parce que ce qu’Israël avait fait, beaucoup d’autres pays pourraient le faire.



Aussi ai-je décidé, dans l’intérêt de l’humanité, de faire connaître au monde entier le danger que représentaient les armes nucléaires secrètes d’Israël. En 1986, on était en pleine Guerre froide et les armes nucléaires proliféraient. Elles étaient en train de se répandre dans plusieurs pays encore non-nucléaires, comme l’Afrique du Sud, et d’autres. Le danger représenté par les armes nucléaires était réel. De nos jours, ce danger a diminué.


Une du quotidien britannique "The Sunday Times" du 5 octobre 1986 : "Révélation : les secrets de l’arsenal nucléaire israélien".

Saviez-vous à quoi vous vous exposiez ? Pourquoi était-ce vous, en particulier, qui deviez prendre un si grand risque, et personne d’autre ?

Mordechaï Vanunu : Bien entendu, je savais ce que je risquais. Mais ce que je pouvais faire, personne d’autre que moi n’aurait pu le faire. Je savais que j’aurais eu affaire au gouvernement israélien. Ce n’est pas comme si j’avais été quelqu’un qui s’en serait pris à des intérêts privés ; je savais que je m’en prenais directement au gouvernement israélien et à l’État juif israélien. Je savais donc qu’ils pouvaient me châtier, qu’ils pouvaient me tuer, qu’ils pouvaient faire de moi absolument tout ce qu’ils voulaient. Mais j’avais la responsabilité de dire la vérité au monde. Personne d’autre que moi n’était en mesure de le faire : il était donc de mon devoir de le faire. Quels qu’aient été les risques.

Votre famille vous a-t-elle, alors, soutenu ?

Mordechaï Vanunu : Les membres de ma famille ont été incapables de comprendre ma décision. Pour eux, le plus dérangeant fut de découvrir que je m’étais converti au christianisme. Pour eux : c’était plus dommageable, plus douloureux que le fait que j’ai révélé les secrets nucléaires d’Israël… Je les respecte, ils respectent ma vie. Nous sommes restés en bons termes, mais nous ne nous fréquentons plus.

Vous sentez-vous seul ?

Mordechaï Vanunu : Oui. Bien sûr, je suis seul, ici, à la cathédrale Saint-Georges. Mais j’ai beaucoup d’amis, qui me soutiennent.

Dans quelles conditions avez-vous été jugé et emprisonné ?

Mordechaï Vanunu : Mon procès a été tenu dans le secret le plus absolu. J’étais seul, avec mon avocat. J’ai été condamné pour espionnage et trahison. Les autorités israéliennes se sont vengées sur moi en me maintenant en isolement cellulaire durant toute la durée du procès. Elles n’autorisaient personne à me voir ni à me parler, et m’interdisaient de m’adresser aux médias. Elles ont publié beaucoup de désinformation à mon sujet. Le gouvernement israélien a utilisé tout son pouvoir médiatique pour faire un lavage de cerveau de l’opinion publique. Pour laver le cerveau des juges, aussi, au point de les convaincre de la nécessité de me mettre en prison. Ainsi, mon procès a été tenu secret et les médias n’ont pas pu accéder à la vérité ; ils n’ont pas pu m’entendre. Les gens étaient convaincus que j’étais un traître, un espion, un criminel. Il n’y eut pas un atome de justice, dans ce jugement. Mais il n’y avait pas que le procès : le plus cruel fut de m’isoler, en prison. Ils m’ont puni non seulement par l’emprisonnement, mais aussi en m’isolant totalement, en m’épiant en permanence, au moyen de mauvais traitements particulièrement vicieux et cruels : ils ont essayé de me faire mettre en colère, ils ont essayé de me faire regretter ce que j’avais fait. J’ai été maintenu au secret, dix-huit années durant, dont onze années et demie en isolement total. La première année, ils ont mis des caméras dans ma cellule. Ils ont laissé la lumière allumée trois années d’affilée ! Leurs espions me battaient sans cesse, ils m’empêchaient de dormir. J’ai été soumis à un traitement barbare ; ils ont tenté de me briser. Mon objectif était de tenir, de survivre. Et j’ai réussi !…

Par chance, on ne vous a pas pendu haut et court, comme le voulait pourtant le ministre de la Justice d’alors, Tommy Lapid. Vous avez tenu bon, et vous avez été relâché le 21 avril 2004. Vous aviez tout juste 50 ans !

Mordechaï Vanunu : S’ils m’ont relâché, c’est parce que j’avais purgé les dix-huit ans de prison auxquels ils m’avaient condamné. Ils voulaient me tuer. Mais, en fin de compte, le gouvernement israélien a décidé de n’en rien faire.

En avril 2004, les télévisions ont montré votre sortie de prison. Le monde a alors découvert ce qui vous était arrivé. Vous êtes apparu devant les caméras heureux, déterminé, combatif : tout le contraire d’un homme brisé…

Mordechaï Vanunu : Sortir de prison, aller parler au monde entier, fêter ça… après dix-huit ans de captivité, d’interdiction de tout :… ce fut un grand moment…

Vos geôliers n’ont donc pas réussi à vous briser mentalement ?

Mordechaï Vanunu : Non ; absolument pas. Mon objectif était de sortir, et de parler au monde entier, de faire comprendre aux autorités israéliennes qu’elles avaient échoué. Mon but était de survivre, et cela a été ma plus grande victoire sur toutes ces organisations d’espionnage. Ils ont réussi à me kidnapper, à me traîner devant leur tribunal, à me maintenir en prison, au secret, pendant dix-huit ans… et j’ai survécu à tout ça. J’ai souffert, certes ; mais j’ai survécu. Malgré tous leurs crimes, je suis toujours vivant, et je suis même en excellente santé ! Je suis de forte constitution ; c’est sans doute grâce à çà, que j’ai surmonté l’épreuve.

Qu’est-ce qui vous a aidé à tenir ?

Mordechaï Vanunu : Ma fermeté. Le fait de continuer à être convaincu que j’avais eu raison de faire ce que j’avais fait. La volonté de leur faire comprendre que, quoi qu’ils fassent pour me châtier, je continuerais à rester en vie.

Quel est le plus grand obstacle auquel vous ayez à faire face, actuellement ?

Mordechaï Vanunu : On m’interdit de quitter Israël. J’ai été libéré de prison, mais ici, en Israël, je suis dans une grande prison. Je voudrais quitter ce pays, aller jouir de la liberté dans le vaste monde. J’en ai marre du pouvoir israélien. L’armée peut venir m’arrêter à tout instant, me punir. Je sens que je suis à leur merci. J’aimerais tellement vivre loin, très loin d’ici…

Quand Israël vous laissera-t-il quitter le pays ?

Mordechaï Vanunu : Je n’en sais rien. Ils m’ont interdit de quitter Israël pendant une année. Un an ayant passé, ils ont renouvelé l’interdiction pour une nouvelle année, qui prendra fin en avril prochain. Mais ils peuvent encore prolonger l’interdiction, aussi longtemps qu’il leur plaira…

Quel regard portez-vous sur le Traité de non-prolifération nucléaire quand, dans le cas d’Israël, on tolère « l’ambiguïté nucléaire », alors qu’on met constamment sous pression l’Iran – un pays qui, lui, se soumet aux inspections ?

Mordechaï Vanunu : Tous les pays devraient être ouverts aux inspections internationales et dire la vérité sur ce qu’ils sont en train de faire, secrètement, dans toutes les installations nucléaires dont ils disposent. Israël n’a pas signé le Traité de non-prolifération nucléaire. Ce sont près de cent quatre-vingt pays qui l’ont fait, dont tous les pays arabes. L’Égypte, la Syrie, le Liban, l’Irak, la Jordanie… : tous les pays voisins d’Israël ont ouvert leurs frontières aux inspections de l’AIEA. Israël est le pire exemple. C’est le seul pays qui ait refusé de signer le Traité de non-prolifération nucléaire. Les États-Unis et l’Europe devraient commencer par régler le cas d’Israël ; Israël doit être considéré à l’instar de n’importe quel autre pays. Nous devons en finir avec l’hypocrisie, et obliger Israël à signer le Traité de non-prolifération nucléaire. Il faut imposer à Israël le libre accès des inspecteurs de l’AIEA au centre de Dimona.

L’Iran, qui remplit ses obligations et accepte les inspections de l’ONU, est pourtant menacé de sanctions. Israël, qui est doté de l’arme nucléaire et refuse toute inspection de l’AIEA, ne fait l’objet d’aucune poursuite. Pourquoi ce « deux poids, deux mesures » de la part des États-Unis, mais aussi de l’Europe ?

Mordechaï Vanunu : Oui ; c’est même encore pire que ce que vous dites : non seulement on ne s’en prend pas à Israël, mais on aide même ce pays en secret. Il y a une coopération secrète entre Israël et la Grande-Bretagne, la France et les États-Unis. Ces pays ont décidé de contribuer à la puissance nucléaire d’Israël afin de faire de ce pays un État colonial, dans le monde arabe. Ils aident Israël, parce qu’ils veulent que ce pays soit à leur service, en tant que pays colonialiste contrôlant le Moyen-Orient, ce qui leur permet de s’emparer des revenus pétroliers et de maintenir les Arabes dans le sous-développement et les conflits fratricides. Telle est la principale raison de cette coopération.

L’Iran n’est-il pas, comme l’affirment Israël et les États-Unis, une menace ?

Mordechaï Vanunu : Étant sous le contrôle des inspecteurs de l’AIEA, l’Iran ne représente aucun danger. Les experts occidentaux savent parfaitement quelle est la nature du programme nucléaire iranien. Contrairement à Israël, qui ne laisse personne accéder à ses installations nucléaires. C’est la raison pour laquelle l’Iran a décidé d’aller de l’avant et de dire au monde entier : « Vous ne pouvez pas exiger de nous plus de transparence, alors que vous continuez à fermer les yeux sur ce qui se passe en Israël ! » Tous les Arabes voient, depuis quarante ans, qu’Israël a des bombes atomiques et que personne ne fait rien contre ça. Tant que le monde continuera à ignorer les armes atomiques d’Israël, il ne pourra pas se permettre de dire quoi que ce soit à l’Iran. Si le monde est vraiment préoccupé, et s’il veut sincèrement mettre un terme à la prolifération nucléaire, qu’il commence donc par le commencement, c’est-à-dire : Israël !…

Vous devez être agacé, quand vous entendez Israël, qui n’est pas en règle, dire qu’il est prêt à bombarder l’Iran, qui, à ce stade, n’a enfreint absolument aucune règle !

Mordechaï Vanunu : Oui ; cela me met hors de moi. Nous n’avons rien à reprocher à l’Iran : avant de faire quoi que ce soit contre un quelconque autre pays, il faut s’occuper du cas israélien. Si quelqu’un veut s’en prendre à l’Iran, il doit, préalablement, s’en prendre à Israël. Le monde ne peut ignorer ce qu’Israël fait, en la matière, depuis plus de quarante ans… Les États-Unis devraient obliger Israël à signer le Traité de non-prolifération nucléaire. Et il est grand temps, aussi, pour l’Europe, de reconnaître officiellement qu’Israël possède des bombes atomiques. L’ensemble du monde arabe devrait être extrêmement inquiet en entendant tous ces discours qui incriminent l’Iran, qui ne possède aucune arme atomique, et qui continuent à ignorer Israël.


Lors d’un transfert, suite à son son emprisonnement en 1986, Mordechaï Vanunu transmet les détails de son enlèvement par le Mossad, à Rome, aux journalistes à travers la vitre du fourgon de la police israélienne.

 
Quels sont les États qui ont coopéré avec Israël ?


Mordechaï Vanunu : Israël a aidé la France et la Grande-Bretagne dans leur campagne contre l’Égypte, en 1956. Après l’opération de Suez, la France et la Grande-Bretagne ont commencé à coopérer au programme nucléaire israélien, afin de remercier Israël pour le soutien qu’il leur a apporté, durant cette guerre.

L’Afrique du Sud n’a-t-elle pas aidé Israël, jusqu’en 1991 ?

Mordechaï Vanunu : C’est effectivement en Afrique du Sud, dans le désert, qu’Israël a procédé à ses essais nucléaires…

Dans les années soixante, le président Kennedy aurait, semble-t-il, demandé qu’il y ait des inspections à Dimona, en Israël. Voyez-vous un lien entre cette demande et son assassinat ?

Mordechaï Vanunu : Je pense qu’à l’époque de Kennedy, les États-Unis étaient opposés au programme nucléaire israélien. Kennedy a tenté d’arrêter Israël, en la matière, mais son assassinat ne lui en a pas laissé le temps… Pour moi, le mobile de l’assassinat de Kennedy est lié à la diffusion d’armes nucléaires en Israël et dans d’autres pays. Ceux qui l’ont assassiné étaient des gens qui étaient favorables à la dissémination nucléaire. Grâce à l’élimination du gêneur Kennedy, la prolifération a pu continuer. De fait, les présidents Johnson et Nixon [qui ont succédé à Kennedy, ndt] n’y voyaient aucun inconvénient : ils ont laissé faire Israël. Constatons simplement que c’est bien un changement allant en ce sens qui s’est manifesté, après l’assassinat de Kennedy…

Votre dénonciation n’a pas empêché Israël de maintenir taboue cette question : il a réussi à ne pas se mettre les grandes puissances à dos. Sa stratégie de l’opacité se serait-elle donc avérée efficace ?...

Mordechaï Vanunu : Force est bien de reconnaître que oui. Israël est un cas d’école. Comment un petit pays peut-il défier le monde entier et poursuivre une politique agressive, sans le moins du monde se préoccuper des autres ? Les Israéliens ont réussi à le faire, à l’époque, oui… Mais aujourd’hui, le monde a changé. La Guerre froide est terminée, le communisme est défait, le monde s’oriente vers la paix : on le voit, des armes nucléaires n’aideront Israël en rien. Maintenant qu’Israël doit montrer qu’il désire la paix, et de quelle manière il entend y contribuer, pour ce pays, de quelle utilité pourraient bien être des armes nucléaires ? La politique nucléaire israélienne était possible, dans le contexte de la Guerre froide. Mais aujourd’hui, nous devons obtenir d’Israël qu’il adopte une nouvelle politique, qu’il démontre au monde entier qu’il veut la paix et qu’il reconnaisse qu’il n’a nul besoin d’armes atomiques.

Dans les années cinquante, Israël disposait déjà d’un armement considérable. Quelle raison avait-il alors de se doter de l’arme nucléaire ?

Mordechaï Vanunu : Un pays aussi petit qu’Israël n’a aucune raison valable de détenir un nombre aussi énorme d’armes atomiques. C’est un peu comme si le programme d’armement nucléaire d’Israël lui était monté à la tête. On ne peut en aucun cas utiliser d’arme atomique dans la région : toute bombe atomique qui serait utilisée contre la Syrie, l’Égypte ou la Jordanie aurait des effets radioactifs et rendrait la vie impossible en Israël également. Toute bombe endommagerait Israël même. Jusqu’ici, les Israéliens n’ont pas même le droit de discuter de cette question entre eux. Néanmoins, ce problème occupe tous les esprits. Nous attendons la réponse d’Israël sur cette question.

Pour Israël, ne s’agit-il pas d’une arme qui lui permet de maintenir le statu quo ? D’un instrument de chantage politique ? Pour pouvoir discuter d’égal à égal avec les grands – États-Unis en tête – et ne rien concéder aux Arabes, qu’Israël a spoliés et qui sont faibles militairement ?

Mordechaï Vanunu : Oui. C’est tout à fait cela. Israël utilise la puissance des armes nucléaires afin d’asséner ses politiques. Israël a beaucoup de pouvoir, il écrase l’ensemble de ses voisins de son arrogance. Les États-Unis – même eux ! – ne sont pas en mesure de dire aux Israéliens ce qu’ils doivent faire. Aujourd’hui, l’Europe voit à quel point Israël est puissant. Même sans utiliser la bombe atomique, même sans brandir la menace qu’ils le feraient, les Israéliens peuvent imposer leur pouvoir, ils peuvent faire absolument tout ce qu’ils veulent : ils peuvent ériger leur muraille, ils peuvent édifier des colonies en Palestine…, personne n’est en mesure de leur dire qu’ils n’ont pas le droit de le faire, parce qu’ils sont extrêmement puissants.
C’est là le résultat de leur utilisation des armes atomiques à des fins de chantage politique. Ils peuvent utiliser des bombes atomiques contre tout pays qui voudrait stopper leur politique agressive à l’encontre des Palestiniens. Telle est la situation, aujourd’hui. Le monde entier le sait, tout le monde le sait. Et il y une autre raison, pour laquelle ni les États-Unis ni l’Europe ne font strictement rien : c’est qu’ils savent à quel point Israël est puissant. Par conséquent, la meilleure manière de contrer Israël consiste à faire savoir la vérité au monde et à étudier ce qui s’y passe, dans le domaine de l’armement atomique, jusqu’à ce qu’il y renonce.


Photo prise secrètement par Mordechaï Vanunu à l’intérieur de la centrale de Dimona.



Israël a-t-il envisagé de recourir à l’arme nucléaire contre ses voisins arabes, en 1973 ?

Mordechaï Vanunu : Oui. En 1973, Israël était prêt à utiliser des armes atomiques contre la Syrie. Et contre l’Égypte.

Pour avoir révélé un secret d’État, vous avez énormément souffert. Finalement ; pour quel résultat ?

Mordechaï Vanunu : Tout d’abord, le monde a maintenant la preuve qu’Israël possède des armes atomiques. Personne, désormais, ne peut plus ignorer la vérité en ce qui concerne le projet nucléaire d’Israël. Après ça, Israël s’est trouvé dans l’impossibilité totale d’avoir recours à ces armes. Un autre résultat de mon action, c’est le fait que le monde a pris conscience de ce que ce petit État juif a fait, dans le plus grand secret. Et le monde a découvert, aussi, sur quels mensonges et sur quelle désinformation cet État a été édifié. Le fait de savoir qu’un si petit pays ait été capable de fabriquer secrètement deux cents bombes atomiques a contribué à alerter l’opinion publique mondiale sur son comportement. La peur qu’un autre petit pays puisse faire la même chose et fabriquer des armes atomiques a incité le monde à se mettre à réfléchir à la manière de stopper la prolifération nucléaire et d’empêcher Israël d’aider d’autres pays à utiliser ces armes, à l’avenir. Quand le monde a découvert ce qu’Israël a fait dans le plus grand secret, la peur de la prolifération nucléaire s’est manifestée. Le monde a pris conscience du pouvoir d’Israël et il a commencé à exercer des pressions sur ce pays afin de le contraindre à faire la paix avec les Palestiniens et avec le monde arabe. Israël n’avait plus aucune raison d’affirmer qu’il redoutait ses voisins arabes, dès lors qu’il disposait, depuis la fin des années cinquante, de suffisamment d’armes pour assurer sa sécurité.

Pour quelles raisons Israël continue-t-il de vous persécuter ?

Mordechaï Vanunu : Ce que j’ai fait contrarie tellement toutes les attitudes politiques israéliennes ! Les Israéliens ont dû changer leurs plans. La politique nucléaire secrète d’Israël est l’œuvre de Shimon Pérès. Et voilà que cette politique consistant à fabriquer des armes atomiques clandestinement s’est effondrée ! À cause de cette révélation, Israël a dû emprunter une nouvelle direction, définir de nouveaux plans et ce à quoi nous assistons aujourd’hui est la conséquence de mes révélations. Ils ont dû inventer de nouvelles sortes d’armes. Aujourd’hui, ils construisent leur muraille, leurs check-points, leurs colonies et ils se sont arrangés pour rendre la société juive plus religieuse, plus nationaliste, plus raciste. Au lieu d’aller dans une autre direction, au lieu de comprendre qu’il n’y a pas d’autre solution que la paix, au lieu de reconnaître aux Palestiniens des droits égaux et de mettre un terme au conflit. Israël ne veut pas mettre fin au conflit. Ce qu’Israël veut, c’est continuer à construire sa muraille et ses colonies !…

Vous avez accompli un véritable exploit !

Mordechaï Vanunu : En tant qu’être humain, j’ai fait quelque chose pour la sécurité et le respect de l’humanité. Tout pays a le devoir de nous respecter, tous, en tant qu’êtres humains, quelle que soit notre religion, que l’on soit juifs, chrétiens, musulmans, bouddhistes… Israël a un gros problème : ce pays ne respecte pas les êtres humains. Ce que ce pays a pu faire, parce qu’il ne considère pas les autres humains comme des égaux, est absolument terrible. Le résultat est dévastateur, pour l’image d’Israël ; l’État d’Israël n’est en aucun cas une démocratie. L’État juif est raciste. Le monde devrait savoir qu’Israël met en pratique une politique d’apartheid : si vous êtes juif, vous avez le droit d’aller où vous voulez et de faire ce que bon vous semble ; si vous n’êtes pas juif, vous n’avez aucun droit. Ce racisme est le véritable problème auquel Israël est confronté. Israël est bien incapable de prouver qu’il est une démocratie. Personne ne peut accepter cet État raciste ; ni les États-Unis, ni les pays européens. Les armes nucléaires israéliennes, ils pourraient, à la rigueur, les accepter… Mais comment pourraient-ils justifier cet État d’apartheid fasciste ?

Vous semblez refuser de reconnaître la légitimité de cet État ?

Mordechaï Vanunu : Bien sûr. C’est ce que j’ai dit, à ma sortie de prison : nous ne devons pas accepter cet État juif. L’État juif d’Israël est le contraire de la démocratie ; nous avons besoin d’un État pour tous ses citoyens, sans égard pour leurs croyances religieuses. La solution, c’est un État unique, pour tous ses habitants, de toutes les religions, comme c’est le cas dans des démocraties comme la France ou la Suisse, et non pas seulement un État pour les juifs. Un État juif n’a absolument aucune raison d’être. Les juifs n’ont pas besoin d’un régime fondamentaliste comme celui qui règne en Iran. Les gens ont besoin d’une véritable démocratie, qui respecte les êtres humains. Aujourd’hui, dans la région du Moyen-Orient, nous avons deux États fondamentalistes : l’Iran, et Israël. Mais Israël est très en avance, en matière de fondamentalisme, même sur l’Iran !…

À vos yeux, Israël est-il donc une plus grande menace que l’Iran ?…

Mordechaï Vanunu : Bien entendu : nous savons ce que les Israéliens font subir au peuple palestinien, depuis plus de cinquante ans ! Il est grand temps, pour le monde, de s’en souvenir et de se préoccuper de l’holocauste palestinien. Les Palestiniens ont tellement souffert, et depuis tellement longtemps, à cause de toute cette oppression ! Les juifs ne les respectent absolument pas, ils ne les considèrent pas comme des êtres humains ; ils ne leur accordent aucun droit, et ils continuent à les persécuter, à mettre en danger la vie présente des Palestiniens, et par conséquent leur propre avenir, aussi.

Que dites vous à mon pays, la Suisse, qui est dépositaire des Conventions de Genève ?

Mordechaï Vanunu : La Suisse devrait condamner très clairement et à haute voix la politique raciste d’Israël, c’est-à-dire toutes les violations des droits des Palestiniens, tant musulmans que chrétiens. Tous les pays doivent exiger du gouvernement israélien qu’il respecte les non-juifs, en tant qu’êtres humains. De fait, je n’ai pas le droit de vous parler, je ne suis pas autorisé à parler à des étrangers ; si je m’exprime quand même, c’est à mes risque et périls. Israël a utilisé des dédommagements de l’Holocauste pour fabriquer des armes, pour détruire des maisons et des biens palestiniens. Je serai très satisfait si votre pays me donne un passeport et m’aide à quitter ce pays, Israël. La vie est très dure, ici. Si vous êtes juif, vous n’avez aucun problème ; si vous ne l’êtes pas [ou plus], on vous traite sans le moindre respect.


Silvia Cattori
Journaliste suisse.

Traduction Marcel Charbonnier
Membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique (transtlaxcala@yahoo.com).

31/05/2006

Deir Yassine

http://www.ism-france.org/news/article.php?id=2630&type=analyse&lesujet=Hist

Palestine - 09-04-2005

Deir Yassine le 9 avril 1948
Par Deir Yassin Remembered



A l’aube du 9 avril 1948, les commandos de l'Irgun (dirigé par Menachem Begin) et le Gang Stern ont attaqué Deir Yassine, un village d’environ 750 habitants palestiniens.
Le village était situé à l’extérieur de la zone assignée par les Nations Unies à l'Etat Juif;
En tout, 100 hommes, femmes, et enfants ont été systématiquement assassinés.

Le village était situé à l’extérieur de la zone assignée par les Nations Unies à l'Etat Juif;

Il avait la réputation d’être paisible.

Mais il était situé sur une hauteur dans le couloir entre Tel Aviv et Jérusalem.


Il avait été prévu l’occupation de Deir Yassine dans le cadre du Plan Dalet et la principale Force de Défense Juive, la Haganah, a autorisé les forces terroristes irrégulières de l'Irgun et du Gang Stern d’en prendre le contrôle.

En tout, 100 hommes, femmes, et enfants ont été systématiquement assassinés.

53 orphelins ont été littéralement déposés le long du mur de la Vieille Ville, où ils ont été trouvés par Mlle Hind Husseini qui les a ramené à sa maison située derrière l'hôtel American Colony, qui devait devenir l'orphelinat Dar El-Tifl El-Arabi.

Une partie de la lutte pour l'autodétermination des Palestiniens a été de dire la vérité au sujet des Palestiniens en tant que victimes du Sionisme.

Pendant trop long leur histoire a été niée, et ce démenti a seulement servi à augmenter l’oppression et à déshumaniser de façon délibérée les Palestiniens en Israel, à l'intérieur des Territoires Occupés, et à l'extérieur dans leur diaspora.


Des progrès ont été faits.

Les Occidentaux se rendent compte maintenant que les Palestiniens, en tant que peuple, existent.

Et ils commencent à savoir que pendant la création de l'état d'Israel, des milliers de Palestiniens ont été tués et plus de 700.000 ont été expulsés ou poussés par la peur à quitter leurs maisons et leurs terres sur lesquelles ils avaient vécu depuis des siècles.

Deir Yassin Remembered cherche à effectuer le même progrès au sujet des victimes du Massacre de Deir Yassine.




Déroulement des évènements


Début de l’attaque du commando

A l’aube du 9 avril 1948, les commandos de l'Irgun, dirigé par Menachem Begin, et le Gang Stern ont attaqué Deir Yassine, un village d’environ 750 habitants palestiniens.

C’était quelques semaines avant la fin du Mandat Britannique.

Le village était situé à l’extérieur de la zone que les Nations Unies avaient recommandé pour faire partie du futur Etat Juif.

Deir Yassine avait la réputation d’être un village paisible.

Un journal Juif avait préconisé d’en expulser plusieurs militants Arabes

Mais il était situé sur une hauteur dans le couloir entre Tel Aviv et Jérusalem.

Un projet, le Plan Dalet, gardé secret jusque bien des années plus tard, demandait sa destruction et l’évacuation de ses habitants pour construire un petit terrain d'aviation qui desservirait les habitants juifs cernés de Jérusalem.



Plus de 100 morts

A midi, plus de 100 personnes, dont la moitié étaient des femmes et des enfants, avaient été systématiquement assassinés.

Quatre membres des commandos avaient été tués par la résistance Palestinienne équipée de vieux Mausers et de vieux mousquetons.

Vingt-cinq villageois masculins ont été chargés dans des camions, exhibés dans le quartier Zakhron Yosef à Jérusalem, et puis emmenés dans une carrière de pierres située le long de la route entre Givat Shaul et Deir Yassine et abattus.

Les habitants restants ont été conduits à dans Jérusalem-Est Arabe.



Manipulation de la presse

Ce soir-là, les Irgunistes et les Sternistes ont escorté une partie des correspondants étrangers jusqu’à une maison à Givat Shaul, une colonie juive voisine fondée en 1906.

En buvant le thé et des biscuits, ils ont amplifié les détails de l'opération et les ont justifiés, en disant que Deir Yassine était devenu un point de concentration pour les Arabes, les Syriens et les Irakiens, qui prévoyaient d’attaquer les banlieues ouest de Jérusalem.

Ils ont dit que 25 membres de la milice de la Haganah avaient renforcé l'attaque et qu'un Juif parlant Arabe avait averti les villageois depuis le haut-parleur d'un véhicule blindé.

Ceci a été dûment rapporté dans le New York Times le 10 avril.

Un décompte final de 254 corps a été rapporté par le New York Times le 13 avril, un jour après qu'ils aient été finalement enterrés.

Après cela, les dirigeants de la Haganah ont pris des distances vis à vis de leur participation à l'attaque et ont publié une déclaration dénonçant les dissidents de l'Irgun et du Gang Stern, tout comme ils l’avaient fait après l'attaque sur l’Hotel King David en juillet 1946.

Une étude de 1987 effectuée par le Centre de Recherche et de Documentation de la Société Palestinienne de l’Université de Birzeit a trouvé que "le nombre de tués ne dépassait pas 120".


Les dirigeants de la Haganah ont admis que le massacre "déshonorait la cause des combattants juifs et déshonorait les armes et le drapeau juifs."

Ils ont été discrets sur le fait que leur milice avait renforcé l'attaque des terroristes, bien qu'ils n'aient pas participé à la barbarie et au pillage pendant les opérations consécutives de "nettoyage".



Objectifs atteints

Ils ont également été discrets sur le fait que, selon les paroles de Begin, "Deir Yassine a été pris avec la connaissance de la Haganah et avec l'approbation de son commandant "comme partie de son" plan pour établir un terrain d'aviation."

Ben Gurion a même envoyé des excuses au Roi Abdullah de la Trans-Jordanie. Mais cet acte terrifiant a bien servi le futur état d'Israel.

Selon Begin :
'Les Arabes de tout le pays, induits à croire les récits s de la "boucherie de l'Irgun," ont été saisis d’une panique sans limites et ont commencé à fuir pour sauver leurs vies.
Ce départ massif s'est bientôt développé en un sauve-qui-peut de panique et incontrôlable.
La signification politique et économique de ce développement peut difficilement être surestimée."



Conséquences

Sur les 144 maisons, 10 ont été dynamitées.

Le cimetière était plus tard rasé au bulldozer et, comme des centaines d'autres villages palestiniens suivront, Deir Yassine a été rayé de la carte.

En septembre, des immigrés juifs orthodoxes de Pologne, de Roumanie, et de Slovaquie ont y été installés en dépit des objections de Martin Buber, Cecil Roth et d'autres dirigeants juifs, qui pensaient que le site du massacre devrait être laissé inhabité.

Le centre du village a été renommé Givat Shaul Bet.

Lors de l’expansion de Jérusalem, la terre de Deir Yassine est devenue une partie de la ville et est maintenant connue tout simplement comme le secteur entre Givat Shaul et la colonie d’Har Nof sur les pentes ouest de la montagne.


Le massacre des Palestiniens de Deir Yassine est l’un des événements les plus significatifs dans l'histoire palestinienne et israélienne du 20ème siècle.

Ce n'est pas en raison de son importance ou de sa brutalité, mais parce que ce fut le début d'une véritable dépopulation calculée de plus de 400 villages et villes arabes et de l'expulsion de plus de 700.000 habitants palestiniens pour faire de la place aux survivants de l’Holocauste et des autres juifs venant du monde entier.

Source : http://www.deiryassin.org/

Traduction : MG pour ISM

http://www.ism-france.org/news/article.php?id=2595&type=analyse&lesujet=Histoire

Palestine - 30-03-2005

Le 30 Mars 1976, la Journée de la Terre en Palestine
Par Justice Palestine



Chaque année depuis 1976, les Palestiniens vivant en Israël et ceux des Territoires occupés (Cisjordanie et Gaza) commémorent la journée de la Terre, le 30 mars.
Depuis 1948, près de 400 villages palestiniens ont été détruits, et leurs terres confisquées. Le gouvernement israélien (travailliste) avait entreprit un vaste plan de "judaïsation de la Galilée".
Ce projet fut élaboré par Joseph Nahmani (1953) qui l'adressa à Ben Gourion (Premier ministre de 1948 à 1963).

Citons en quelques extraits : "Bien que la Galilée occidentale ait été occupée, elle n'a toujours pas été libérée de sa population arabe, ainsi que cela s'est produit dans d'autres parties du pays. Il y a toujours 51 villages et la ville de Nazareth dont les habitants ne sont pas partis.
En tout, il y a là 84 000 Arabes, sans compter Saint Jean d'Acre, qui contrôlent 929 549 dunums (unité de mesure au Moyen-Orient, 1 dunum = 1000 m2) ... l'existence même d'un groupe arabe homogène dans cette partie du pays est une invite aux Etats arabes à avancer leurs revendications sur cette région... Il est donc essentiel de disloquer cette concentration d'Arabes au moyen de colonies juives..."


La population arabe en Galilée et dans l'ensemble de la région nord était une obsession pour les dirigeants israéliens.
Golda Meïr (Premier ministre d'Israël de 1969 à 1974) avoua que son sommeil était troublé parce qu'elle se demandait chaque matin combien d'enfants arabes étaient nés pendant la dernière nuit. (voir le livre "Le racisme de l'Etat d'Israël" d'Israël Shahak ex-Président de la ligue israélienne des Droits de l'homme).

Le 19 février 1976, le Gouvernement travailliste annonça sa décision de confisquer 25 000 dunums de terre en Galilée.

Suite à cette décision, les Palestiniens répliquèrent par la grève générale, suivant le mot d'ordre lancé par la Conférence Nationale pour la Défense des Terres Arabes (Front constitué en septembre 1975, réunissant des militants étudiants et villageois, maires et conseillers municipaux des principaux villages arabes, en Galilée et dans la région dite du Triangle (il s'agit de la seconde région de peuplement arabe en importance à l'intérieur d'Israël).

Avec les chefs traditionnels de la communauté druze et chefs tribaux des bédouins du Néguev.

La presse israélienne déclencha une campagne hostile dès l'annonce de la grève générale du 30 mars 1976. Des pressions s'intensifièrent pour tenter de convaincre les organisateurs de la grève de l'annuler...

En dépit des menaces, la grève eut lieu. Mais la présence de l'armée israélienne transforma la grève en manifestation, puis en révolte.
Le Jour de la Terre devint ainsi, celui de la résurrection politique des Arabes d'Israël, ces oubliés que l'on croyait éteints, brisés, résignés sinon intégrés" extrait du livre d'Ilan Halevi "Sous Israël la Palestine".

En même temps, les Palestiniens de Cisjordanie et Gaza, exprimant leur soutien et leur solidarité avec leurs frères, "citoyens" d'Israël, se mirent en grève. Bilan de la journée : 6 morts, des centaines de blessés et des centaines d'arrestations.

Cette logique de confiscation des terres a conduit progressivement les "Arabes israéliens" à se découvrir, comme les autres palestiniens, victimes du même processus de dépossession qui ne se poursuit pas seulement aujourd'hui dans les Territoires occupés mais en Israël même, en Galilée et au Neguev.

Cette prise de conscience d'appartenir au peuple palestinien ne cessera de progresser.
En 1980, 150 élus et représentants de la minorité arabe en Israël, réunis en Galilée, adoptaient un projet de charte dans laquelle ils s'affirment "une partie indissociable du peuple palestinien" dont l'O.L.P est l'unique et légitime représentant.

Aujourd'hui l'arrivée massive des citoyens russes de confession juive en Israël, et la déportation massive des 415 Palestiniens vers le Sud-Liban, met à nu la véritable nature de l'Etat d'Israël.

Des partis politiques tels que le Kach, l'Agoudat Israël, le Moledet et le Likoud, etc. ne cachent pas leur volonté de transférer les Palestiniens hors de leurs terres.

Le boucher de Sabra et Chatila (A. Sharon) n'avait-il pas préconisé de détrôner Hussein de Jordanie et de donner à Arafat son introuvable Etat palestinien ?

L'idée du transfert ne date pas d'aujourd'hui : lors du congrès sioniste de Zurich (29 juillet au 7 août 1937) un délégué, A. Lulu, a déclaré que le "transfert est un programme logique et juste, moral et humain dans tous les sens".

Quant à Berl Katznelson, il affirme que "le transfert est permis". Un voisin éloigné vaut mieux qu'un ennemi proche. Je n'ai jamais pensé que le transfert se fasse aux abords de Sichem (actuelle Naplouse). Je croyais et je continue à croire qu'il s'agit de les transférer vers les autres pays arabes".

En accélérant l'installation de nouvelles colonies de peuplement dans les Territoires occupés, le gouvernement israélien pense briser l'héroïque Intifada, tout en refusant la négociation avec l'OLP et les différentes résolutions de l'ONU qui garantissent le droit des Palestiniens au retour et à l'autodétermination.

Liste des localités rasées avant, pendant et après la création de l'Etat d'Israël (1948)

Les informations ont été rassemblées par une étude de cartes officielles établies par le Gouvernement mandataire britannique et par le Gouvernement de l'Etat d'Israël ainsi que trois listes de localités palestiniennes détruites, la première établie par le géographe palestinien Kamal Abdulfattah de l'Université de Bir Zeit, la deuxième établie par l’historien et géographe palestinien Aref al-Aref et publiée par le professeur israélien Israël Shahak (ex président de la ligue israélienne des droits de l’homme), la troisième établie par l'historien et géographe palestinien Walid Mustafa, ancien doyen du Département de Géographie de l'Université an-Najah à Naplouse.


Dans notre liste (voir ci-dessous), la première colonne indique le nom de la localité palestinienne détruite et entre parenthèses le nombre d'habitants en 1945[55].
([55] Uehlinger Christophe, Palestine/Israël Grid, établi par le Survey of Palestine - Gouvernement mandataire britannique - Fribourg, Suisse, 1989)

Les cartes topographiques officielles de l’Etat d’Israël des années 50 (1:100’000), reprises des cartes établies par l’administration coloniale britannique mais surimprimées en hébreu, mentionnent explicitement près de 300 localités palestiniennes détruites.

En effet, chaque localité palestinienne qui se trouvait démolie à l’époque de la surimpression de ces cartes y porte la mention en hébraïque (prononcer : hârous) qui veut dire “détruit, démoli”.
A elles seules, ces cartes établissent donc avec certitude la disparition d’un nombre impressionnant de localités palestiniennes.

Annexe: après la guerre de 1967, des quelques villages palestiniens rasés, les trois suivants n'ont pas pu être reconstruits :
Emmaüs (1955 habitants), Yalu (1644 habts), Beit Nuba (habts).

Moshé Dayan[56] (ministre israélien de la défense), disait à propos de ces villages :
"Toutes nos cités sont construites sur les ruines de villages arabes, et nous ne rasons pas seulement leurs murs, mais nous essayons de rayer leurs noms des livres d'histoire. Ils (les Palestiniens, * note de l'auteur) ont donc de très bonnes raisons de lutter contre nous. Si j'étais arabe, je combattrais certainement pour Al-Fatah." ([56]Revue, "Konkret",1973, Allemagne, n°21.)


VOICI UNE GRANDE PARTIE DES LOCALITES PALESTINIENNES DETRUITES AVANT, PENDANT ET APRES LA GUERRE DE 1948.


District de Jérusalem[57] / (37 localités détruites)

Khirbet Nataf (40 h)

Beit Thul (260 h)

Lifta (2550 h)

Beit Mahsir (2400 h)

Saris (560 h)

Khirbet al-Umur (270 h)

Al-Qastal (90 h)

Qalunia (910 h)

Deir Yasin (610 h)

Ein Karim (3180 h)

Suba (620 h)

Beit Naqquba (240 h)

Khirbet Ismallah (20 h)

Deir Rafat (430 h)

Sar’a (340 h)

Bureij (720 h)

Artuf (350 h)

Islin (260 h)

Ishwa (620 h)

Deiraban (2100 h)

Deir al-Hawa (60 h)

Jarash (190 h)

Sufla (60 h)

Deir ash-Sheikh (220 h)

Kasla (280 h)

Beit Umm al-Meis (70 h)

Khirbeit Deir Amr (10 h)

Khirbet al-Lauz (450 h)

Sataf (450 h)

Aqqur (40 h)

Al-Maliha (1940 h)

Al-Jura (420 h)

Al-Qabu (260 h)

Ras Abu Ammar (620 h)

Beit Itab (540 h)

Allar (440 h)

Al-Walaja (1650 h).


District d’Acre / (25 localités détruites)

Suruh (?)

Tarbikha (1000 h)

Nabi Rubin (1400 h)

Iqrit (490 h)

Amqa (1240 h)

Khirbet Samah (360 h)

Deir al-Qasi (1250 h)

Al-Mansoura (360 h)

Suhmata (1130 h)

Al-Kabri (1530 h)

Az-Zib (1910 h)

Umm al-Faraj (800 h)

Al-Ghabisiya (690 h)

Al-Birwa (1460 h)

Khirbet Jactun (?)

An-Nahr (610 h)

At-Tall (inclue).

Kuweikat (1050 h)

As-Sumeiriya (760 h)

Al-Bassa (1950 h)

Manshiya (1080 h)

Kafr I’nan (360 h)

Mi’ar (770 h)

Ad-Damun (1310 h)

Al-Ruweis (330).


District de Nazareth / (4 localités détruites)

Ma’lul (690 h)

Al-Mujeidil (1900 h)

Saffuriya (4330 h)

Indur (620 h).


District de Beth Shéan / (22 localités détruites)

Sirin (810 h)

At-Tira (150 h)

Al-Bira (260 h)

At-Taqa (?)

Danna (190 h)

Khirbet az-Zawiya (?)

Kafra (430 h)

Kaukab al-Hawa (300 h)

Khirbet al-Mazar (?)

Khirbet Umm Sabuna (?)

Yubla (210 h)

Qumiya (440 h)

Khirbet Zab’a (1931 h)

Al-Hamidiya (220 h)

Al-Murassas (460 h)

Jabbul (250 h)

Hakimiya (520 h)

Tall ash-Shauk (120 h)

Al-Ashrafiya (230 h)

Farwana (330 h)

As-Samiriya (?)

Khirbet Umm Sarhan (?).


District de Jenine / (6 localités détruites)

Ein al Mansi (90 h)

Al-Lajjun (1103 h)

Nuris (580 h)

Al-Mazar (270 h)

Khirbet al-Jaufa (?)

Zir’in (1420 h).



District de Bir as-Saba / (1 localité détruite)

Jammama (?)


District de Gaza / (45 localités détruites)

Al-Masmiya

al-Kabira (2510h)

Al-Masmiya

al-Saghira (530)

Yasur (1070 h)

Batani ash-Sharki 650 h

Khirbet Sukreir (390 h)

Barqa (890 h)

Batani al-Gharbi 980 h

Isdud (4630 h)

Qastina (890 h)

Tall at-Turmus (760 h)

Beit Daras (2750 h)

As-Sawafir

ash-Shamaliya (680 h)

Bi’lin (180 h)

As-Sawafir

ash-Sharqiya (960 h)

As-Sawafir

al-Gharbiya (1030 h)

Jaladiya (360 h)

Summeil (950 h)

Hamama (5010 h)

Julis (1030 h)

Juseir (1180 h)

Hatta (970 h)

Beit Affa (700 h)

Ibdis (540 h)

Karatiya (1370 h)

Al-Faluja (4670 h)

Irak al-Manshiya 2010 h

Kaukaba (680 h)

Al-Jura (2420 h)

Irak Suweidan (660 h)

Beit Tima (1060 h)

Ni’iliya (1310 h)

Khirbet al-Khisas (150 h)

Al-Jiya (1230 h)

Huleiqat (420 h)

Bureir (2740 h)

Barbara (2410 h)

Beit Jirja (940 h)

Hirbiya (2240 h)

Sumsum (1290 h)

Haj (810 h)

Kaufakha (500 h)

Al-Muharraqa (580 h)

Najd (620 h)

Deir Suneid (730 h)

Dimra (520 h).



District de Hébron / (15 localités détruites)

Mughallis (540 h)

Tall as-Safi (1290 h)

Zakariya (1180 h)

Beit Nattif (2150 h)

Ajjur (3730 h)

Barqusiya (330 h)

Zikrin (960 h)

Ra’na (190 h)

Deir ad-Dubban (730 h)

Zeita (330 h)

Kidna (450 h)

Beit Jibrin (2430 h)

Deir Khakhas (600 h)

Al-Qubeiba (1060 h)

Ad-Dawayiama (3710 h).


District de Jaffa / (19 localités détruites)

Al-Haram (520 h)

Jalil (470 h)

Biyar Adas (300 h)

Al-Mirr (170 h)

Shiekh Muwannis1930 h

Jammasin (1810 h)

Jarisha (190 h)

Al-Mas’udiya (860 h)

Sarona (150 h)

Fajja (1200 h)

Rantiya (590 h)

Al-Yahudiya (5650 h)

Salama (6670 h)

Saqiya (1100 h)

Kafr Ana (2800 h)

As-Safiriya (3070 h)

Beit Dajan (3840 h)

Yazur (4030 h)

Al-Kheiriya (1420 h).



District de TulKarem / (10 localités détruites)

Fardisiya (55 h)

Kh. al-Jalama (70 h)

Kh. al-Manshiya (260 h)

Qaqun (1970 h)

Umm Khalid (970 h)

Khirbet Zalafa (210 h)

Kh. Beit lid (460 h)

Miska (880 h)

Kafr Saba (1270 h)

Tabsar (?).



District de Haïfa / (45 localités détruites)

Balad ash-Sheikh 1420h

At-Tira (5270 h)

Al-Khureiba (?)

Khirbet ad-Damun 340 h

Jalama (?)

Khirbet al Mansura (?)

Yajur (610 h)

Ein Haud (650 h)

Al-Mazar (210 h)

Jaba (1140 h)

As-Sarafand (290 h)

Kafr Lam (340 h)

Ijzim (2970 h)

Ein Ghazal (2170 h)

Tantura (1490 h)

Kh. Umm ad-Daraj (?)

Umm az-Zinat (1470 h)

Khirbet Qumbaza (?)

Kh. al-Manshiya (260 h)

Ar-Rihaniya (240 h)

Qira wa Qamun (410 h)

Abu Zureiq (550 h)

Bethlehem (370 h)

Hosha (202 h)

Ta’bun (370 h)

Al-Waraqani (?)

Ghubaiya-Tahta 1130 h

Ghubaiya al-Fauqa incl.

Abu Shusha (720 h)

Al-Mansi (1200 h)

Lidd (Al-Awwadim) 640 h

An Naghnaghiya

Daliyat ar-Ruha (280 h)

Al-Kafrin (920 h)

Sabbarin (1700 h)

Al-Buteimat (110 h)

Khubbeiza (290 h)

Umm ash-Shauf (480 h)

As-Sindiyana (1250 )

Bureika (29 h)

Qisariya (960 h)

Khirbet al Burj (?)

Wadi Ara (230 h)

Kh. al-Majdel 1931:145h

Qannir (750 h).



District de Ramle / (54 localités détruites)

Majdal Yaba (1520 h)

Al-Muzeiri’a (1160 h)

Qula (1010 h)

At-Tira (1290 h)

Deir Tarif (1750 h)

Beit Nabala (2310 h)

Al-Haditha (760 h)

Jindas (?)

Sarafand al Amar 1950 h

Abu-Fadl as-Sautariya ?

Deir Abu Salama (60 h)

K. adh-Dhuheiriya 100h

Nabi Rubin (1420 h)

Sarafand alKharab 1040

Bir Salim (410 h)

Jimzu (1510 h)

Daniyal (410 h)

Shilta (100)

Burfiliya (730 h)

Al-Burj (480 h)

Bir Ma’in (510 h)

Beit Shanna (210 h)

Kharruba (170 h)

Innaba (1420 h)

Zarnuqa (2380 h)

Ybna (5420 h)

Bashshit (1620 h)

Al-Qubeiba (1720 h)

Al-Kuneisiya (40 h)

Al-Barriya (510 h)

Na’ana (1470 h)

Aqir (2480 h)

Al-Mughar (1740 h)

Kh. al-Buweira (190 h)

Deir Aiyub (320 h)

Salbit (510 h)

Idhnibba (490 h)

Jilya (330 h)

At-Tina (750 h).

Khulda (280 h)

Sajad (370 h)

Qazaza (940 h)

Shahma (280 h)

Qatra (1210 h)

Al-Mukheizin (200 h)

Beit Jiz (550 h)

Al-Kheima (190 h)

Khulda (280 h)

Sajad (370 h)

Qazaza (940 h)

Shahma (280 h)

Qatra (1210 h)

Al-Mukheizin (200 h)

Beit Jiz (550 h)

Al-Kheima (190 h).



District de Safad / (76 localités détruites)

Abil al-Qamh (330 h)

Az-Zuq al-Fauqani 160 h

Zuq at-Tahtani (1050 h)

Shauqa at-Tahta 200h

Khan ad-Duweir 150 h

As-Sanbariya (130 h)

Al-Khisas (530 h)

Al-Manshiya (362 h)

Al-Mansura (360 h)

Al-Khalisa (1840 h)

Lazzaza (230 h)

Al-Abbisiya (830 h)

Kh. as-Sammam incl.

Al-Qeitiya (940 h)

An-Na’ima (1030 h)

Al-Madahil 100 h)

Hunin (1620 h)

Al-Manara (490 h)

Dawwara (700 h)

Al-Amir (?)

As-Salihiya (1520 )

Al-Muftakhira (350 h)

Khiyam al-Walid (280 h)

Az-Zawiya (760 h)

Al-Hamra (730 h)

Al-Buweiziya (510 h)

Al-Ghuraba (200 h)

Ad-Darbashiya (310 h)

Al-Huseiniya (340 h)

Jahula (420 h)

Nabi Yusha’ (70 h)

Al-Mansura (90 h)

Beit Susin (210 h)

Deir Muheisin (460 h)

Seidun (210 h)

Al-Qubab (1980 h)

Al-Latrun (190 h)

Abu shusha (870 h)

Qadas (290 h)

Al-Malikiya (360 h)

Harrawi (?)

Beisamun (20 )

Mallaha (890 h)

Al-Ulmaniya (260 h)

Arab az-Zubeib incl.

At-Tuleil

Deishum (590 h)

Kirad alGhannama 350h

Kirad al-Baqqara (360 h)

Yarda (20 h)

Saliha (1070 h)

Alma (950 h)

Marus (80 h)

Al-Waiziya (?)

Qabba’a (460 h)

Mansurat al-Kheit 200 h

Dallata (360 h)

Ammuqa (140 h)

Mughr al-Kheit (940 h)

Ar-Ras al-Ahmar (620 h)

Zangharriya (840 h)

Fir’im (740 h)

Khirbet al-Muntar (?)

Teitaba (530 h)

Qaddita (240 h)

Kafr Bir’im (710 h)

Ein az-Zeitoun (820 h)

Biriya (240 h)

Ja’una (1150 )

Sasa (1130 h)

Al-Ghabbatiya (60 h)

Sabalan (70 h)

Safsaf (910 h)

Ad-Dhahiriya

at-Tahta 350 h

Jubb Yusuf (170 h)

Khirbet Kharraza (?)

Kh.al-Hiqab (?)

Ash-Shuna (170 h)

Farradiya (670 h)

Fara (320 h)

Meiroun (290 h)

Sammu’i (310 h)

Khirbet Khati (?).


District de Tibériade / (24 localités détruites)

As-Samakiya (380 h)

At-Tabigha (330 h)

Yaquq (210 h)

Al-Mansura (?)

Gh. Abu Shusha 1240 h

Majdal (360 h)

Kh. Al-Wa’ra as-Sauda ?

An-Nuqeib (320 h)

Hittin (1190 h)

Nimrin(320 h)

Kh. Nasir ed-Din (90 h)

Kh. Sarjuna (73 h)

Al-Manara (490 h)

Lubiya (2350 h)

As-Samra (290 h)

Samakh (3460 h)

Al-Manshiya (362 h)

Al-Ubeidiya (870 h)

Al-Hamma (290 h)

Kafr Sabt (480 h)

Ash-Shajara (770 h)

Al-Hadatha (520 h)

Ulam (720 h)

Ma’dhar (480 h).


IL Y EU AU TOTAL 531 VILLAGES RASES.

Source : Mouvement Justice pour la Palestine

10/05/2006

Ce que le président iranien a réellement dit!

Par Al Beck

Mai 2006

 

Il aurait dit: "Israël doit être rayé de la carte"...

Déclaration insupportable qu'il s'agisse d'Israël ou de tout autre pays ou population... Comment un homme, un chef d'état digne de ce nom, pourrait-il déclarer une chose pareille sans mesurer les conséquences de ses propos? Est-ce possible?!

Il s'agit en fait d'une vulgaire manipulation médiatique, dans le but de détruire dans l'opinion publique (dans un premier temps) l'image d'un des régimes forts de la région, suivie dans un proche avenir de sa destruction physique, n'en déplaise aux contradicteurs.

Depuis le temps... on devrait y être habitué, mais je suis toujours autant sidéré de voir, encore et encore, que les mêmes ficelles sont employées par les Salauds (désolé du terme mais je n'en vois pas de plus appropriés) pour arriver à assouvir leur faim ignoble de contrôle et de domination!

Mais j'éprouve tout autant de dégoût pour les lâches courbés qui collaborent en accréditant leurs vils mensonges, les répétant aveuglément jusqu'à en faire une vérité dans l'esprit des masses...

Négligence coupable dans la non vérification des sources ou malveillance caractérisée complice?

Ni l'une ni l'autre ne sauraient être acceptables pour un journaliste digne de ce nom!


Le texte qui suit est tiré du réseau Voltaire :

 

http://www.voltairenet.org/article130818.html

 

 

Il contient également l'intégralité de l'intervention du président iranien Mahmud Ahmadinejad à Téhéran, le 26 octobre 2005, lors d'une conférence de l'Association des étudiants musulmans sur le thème "Un monde débarrassé du sionisme".

 

Je rappelle au passage que l'Assemblée générale des Nations-Unies adoptait, le 10 novembre 1975, la résolution 3379 qui définit le sionisme comme une forme de racisme et de discrimination raciale. Le projet de résolution était adopté à 72 votes contre 35 et 32 abstentions.


Cette résolution, sur proposition des USA, a été annulée quelques années plus tard...

 

Je laisse le lecteur juge de ce qui suit.

 

 

Comment Reuters a participé à une campagne de propagande contre l’Iran

 

Pour justifier d’une opération militaire contre l’Iran, les néo-conservateurs ont commencé à constituer un dossier. Ils se sont appliqués à faire croire que ce pays était gouverné par de dangereux fanatiques qui s’appliquaient à fabriquer une bombe atomique dont ils ne manqueraient pas de faire usage. Un tel danger ne pourrait être contré que par une guerre préventive.

C’est dans ce contexte que l’agence de presse états-unienne, Reuters, dont un représentant siège depuis cet été à la War Room du Pentagone, a lancé une opération d’intoxication contre l’Iran.

Le 26 octobre 2005, Reuters écrivait : « Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a déclaré mercredi qu’Israël devait être rayé de la carte, a rapporté l’agence de presse officielle IRNA, décevant les espoirs que l’Iran tempère son hostilité à l’égard de l’État juif. Le soutien à la cause palestinienne est un pilier central de la République islamique qui refuse officiellement de reconnaître le droit d’exister d’Israël. "Israël doit être rayé de la carte," a déclaré Ahmadinejad lors d’une conférence intitulée "Le monde sans sionisme" à laquelle participaient 3 000 étudiants conservateurs qui scandaient "Mort à Israël" et "Mort à l’Amérique". » [1]

Étrangement, il n’est pas venu à l’idée de grand monde de vérifier la dépêche originale de l’IRNA [2], qui ne cite pas les propos imputés au président Ahmadinejad.

Monde - Iran

La Une du quotidien « de référence » français Le Monde daté du vendredi 28 octobre 2005, basée sur des propos attribués à tort au président iranien Mahmoud Ahmadinejad par l’agence de presse Reuters.

Sur la foi de la dépêche de Reuters, la presse internationale commentait une radicalisation de la République islamique d’Iran, tandis que des États du monde entier rappellaient qu’ils reconnaissaient l’État d’Israël et que son existence ne pouvait être remise en question.

Toujours sur cette base, Shimon Peres demandait l’expulsion de l’Iran hors de l’ONU et le ministre israélien des Affaires étrangères, Silvan Shalom, plaçait le Conseil de sécurité en demeure de statuer. Face aux dénégations iraniennes, le Conseil se limitait à condamner les propos président Ahmadinejad [3].

Certains États demandaient des explications aux ambassadeurs iraniens, voire rappellaient leurs propres ambassadeurs à Téhéran en consultation. Cependant, les autorités iraniennes, rechignant à rendre des comptes, se contentaient de publier la vidéo du discours du président Ahmadinejad. Or, celui-ci s’exprimant en farsi, la vidéo fut immédiatement diffusée sur les chaînes internationales comme confirmation des propos imputés, sans autre vérification.

Pourtant les faits sont très différents. Le président Ahmadinejad n’a jamais déclaré qu’il voulait rayer Israël de la carte, mais qu’il adhérait aux propos de l’Imam Khomeiny selon lesquels un jour le régime sioniste serait rayé de la carte (voir document ci-dessous). Il n’y a donc aucune radicalisation de l’Iran, mais le maintien de ses positions énnoncées depuis vingt-cinq ans. Il n’y a pas non plus de menace iranienne de tuer qui que ce soit et encore moins de commettre un génocide contre les Israéliens. Uniquement une position de principe de condamnation du sionisme au même titre que l’Iran condamne l’apartheid, le racisme et l’antisémitisme.

Scrip intégral de l’intervention du président Mahmud Ahmadinejad, lors de la conférence de l’Association des étudiants musulmans « Un monde débarrassé du sionisme », Téhéran, 26 octobre 2005

« Je remercie Dieu d’avoir l’opportunité de participer, en ce jour, à cette manifestation…

Nous devons examiner les origines véritables du problème palestinien : s’agit-il d’un conflit entre un groupe de musulmans et des non-juifs ? S’agit-il d’un conflit entre le judaïsme et d’autres religions ? Est-ce le combat d’un pays contre un autre pays ? Est-ce le combat d’un pays contre le monde arabe ? Est-ce une lutte pour la terre de Palestine ? J’imagine que la réponse à toutes ces questions est : "non".

L’installation du régime d’occupation de Qods [Jérusalem] a représenté une offensive majeure de l’oppresseur du monde [les Etats-Unis] contre le monde musulman. La situation a fluctué, au cours de cet affrontement historique. Parfois, les musulmans ont vaincu, sont allés de l’avant, et l’oppresseur a dû reculer.

Malheureusement, depuis trois siècles, le monde musulman ne cesse de reculer. Je ne veux pas examiner ici les raisons de cet état de fait, mais simplement passer en revue l’histoire. Le monde musulman a perdu ses dernières défenses, au cours du siècle écoulé, et l’oppresseur du monde a installé le régime d’occupation. Par conséquent, la lutte, aujourd’hui en Palestine, est le principal front de l’affrontement du monde musulman avec l’oppresseur mondial, et le sort de cette bataille décidera du destin d’un combat qui se poursuit depuis sept siècles.

La nation palestinienne représente la nation musulmane contre un système d’oppression et, grâce à Dieu, la nation palestinienne a adopté la foi musulmane, dans un environnement musulman, dans son combat, et ainsi, nous avons assisté à son progrès et à ses succès.

Je tiens à vous remercier pour le choix judicieux du titre de cette conférence.

Beaucoup de personnes, perdus dans l’affrontement entre le monde musulman et les infidèles ont essayé d’élargir le blâme et les responsabilités. Ces gens disent qu’un monde sans les États-Unis et le sionisme est inenvisageable. Mais vous savez que c’est là un but, et donc une devise possible !

Prenons un peu de recul. Nous avions un régime hostile, dans ce pays [ici en Iran], un régime anti-démocratique, armé jusqu’aux dents, qui surveillait tous les citoyens, au moyen de son appareil sécuritaire, la Savak [4]. Chez nous, régnait un environnement de terreur. Quand notre cher Imam [5] a dit que ce régime devait être balayé, beaucoup de personnes qui se prétendaient politiquement bien informées dirent que c’était impossible. Tous les gouvernements corrompus soutenaient le régime [du Shah], quand l’Imam Khomeini initia son mouvement. Tous les pays, tant occidentaux qu’orientaux, soutenaient le régime, et ils ont même continué à le faire après le massacre du 7 septembre [1978], et ils continuaient à dire que le régime était indéboulonnable. Mais notre peuple a résisté, et cela fait aujourd’hui vingt-sept ans que nous survivons, sans régime inféodé aux États-Unis. La tyrannie de l’Est et de l’Ouest sur le monde doit prendre fin, mais les gens faibles qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez ne peuvent y croire.

Qui pouvait imaginer qu’un jour nous assisterions à l’effondrement de l’Empire oriental ? Mais nous avons assisté à sa chute, de notre vivant, et il s’est effondré à tel point qu’il faut aller faire des recherches en bibliothèque (à son sujet), parce qu’il n’en reste absolument rien. L’Imam disait que Saddam devait débarrasser le plancher, il disait qu’il serait affaibli à un point que personne ne pouvait imaginer. Aujourd’hui, vous le voyez, cet homme qui parlait avec une telle arrogance, il y a à peine dix ans de cela, qu’on aurait pu croire qu’il était immortel : il est jugé dans son propre pays, il est pieds et poings liés, par ceux dont il pensait qu’il le soutenaient, et aussi ceux avec le soutien desquels il a perpétré ses crimes…

Notre Imam bien-aimé disait que le régime d’occupation devait être rayé de la carte, et c’était là un propos très sage. Nous ne pouvons faire de compromis sur la question de Palestine. Il est possible de créer un nouveau front, à l’intérieur d’un ancien front. Mais ce serait une défaite et quiconque reconnaît la légitimité de ce régime a, de fait, signé la reddition du monde musulman. Notre cher Imam visait le cœur de l’oppresseur du monde dans son combat, c’est-à-dire le régime occupant. Je ne doute pas un seul instant que la nouvelle vague qui s’est soulevée en Palestine, et dont nous sommes les témoins dans le monde islamique, aussi, éliminera cette tache disgracieuse [sur le visage] du monde musulman. Mais nous devons être en éveil, et nous méfier des traquenards.

Depuis plus de cinquante ans, l’oppresseur du monde essaie de donner une légitimité au régime occupant, et il a pris des mesures en ce sens, afin de le stabiliser. Voici vingt-sept ou vingt-huit ans, ils ont franchi un palier majeur. Mais, malheureusement, un des pays les plus importants a commis une grave erreur, et nous espérons que cette erreur, ce pays va la réparer [allusion au traité de paix entre l’Égypte et Israël].

Récemment, ils [les Israéliens] ont essayé un nouveau tour. Ils veulent faire passer l’évacuation de la bande de Gaza, qui leur a été imposée par les Palestiniens, pour la victoire… des Palestiniens. Une victoire finale, des Palestiniens, qui mettrait un terme au problème de la Palestine au motif que serait créé un État palestinien à côté d’eux. Aujourd’hui, ils veulent emberlificoter les Palestiniens dans leurs viles manœuvres et les amener à se battre entre eux autour de positions politiques, qui les distrairaient de leur cause : la cause palestinienne. Ils veulent convaincre certains des pays islamiques que, étant donné qu’ils ont évacué la bande de Gaza et apporté la preuve de leurs bonnes intentions, la légitimité de leur régime corrompu devrait être reconnue. J’espère que les formations et le peuple palestiniens sont bien conscients de cette manœuvre.

La question de Palestine n’est absolument pas réglée. Viendra le jour où un gouvernement palestinien, représentant vraiment le peuple palestinien, viendra au pouvoir ; viendra le jour où tous les réfugiés rentreront chez eux ; viendra le jour où un gouvernement démocratique, élu par le peuple, accèdera au pouvoir. Bien entendu, ceux qui sont venus de loin à seule fin de piller cette terre n’ont aucun droit à décider du destin de cette nation.

J’espère que le peuple palestinien restera en alerte, et conscient, comme ils l’ont toujours été, en poursuivant leur lutte, tout au long de la décennie écoulée.

Si nous dépassons cette brève période avec succès, la voie vers l’élimination du régime occupant sera aisée, et ce sera une pente descendante.

J’avertis tous les dirigeants du monde musulman du danger de cette manœuvre. Quiconque reconnaît ce régime, à cause des pression de l’oppresseur du monde, ou encore par naïveté ou par égoïsme, sera damné à jamais et brûlera dans la fureur des pays islamiques.

Les gens qui sont assis dans les cabinets calfeutrés ne sauraient décider au nom de la nation islamique, ni permettre à cet ennemi historique de continuer à exister au cœur du monde islamique. »

[1] « Iranian President Mahmoud Ahmadinejad said on Wednesday Israel should be wiped off the map, the official IRNA news agency reported, dampening hopes Iran could temper its hostility toward the Jewish state. Support for the Palestinian cause is a central pillar of the Islamic Republic which officially refuses to recognize Israel’s right to exist. « Israel must be wiped off the map, » Ahmadinejad told a conference called "The World without Zionism," attended by some 3,000 conservative students who chanted "Death to Israel" and "Death to America." »

[2] « Ahmadinejad : Zionist regime bent on countering world of Islam », IRNA, 26 octobre 2005

[3] « Déclaration à la presse du président du Conseil de sécurité sur la République islamique d’Iran », Référence SC/8542, 31 octobre 2005.

[4] Police politique du régime du Shah.

[5] L’Ayatollah Ruhollah Khomeini, fondateur de la Révolution iranienne.